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rédacteur
Jean-Marie Mollo Olinga
publié le
24/04/2016
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Jean-Marie Mollo Olinga (Africiné magazine)


Hicham Lasri, réalisateur marocain



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Starve your dog, Hicham Lasri, Maroc
Dans l'attente de l'interview du siècle

Avec Starve your dog, Hicham Lasri vient, lui aussi, à la suite d'un certain nombre de ses prédécesseurs, s'inviter à la reconstitution historique d'une période sombre du royaume du Maroc, période dite des "années de plomb". Correspondant aux années 80, les films de cette époque montrent, pour les dénoncer, les abus du règne d'Hassan II, où l'on pouvait emprisonner sans procès, isoler des opposants dans des cachots infects, torturer sans façon, ou encore sanctionner sans explication. Il en est ainsi de Mémoire en détention de Jilali Ferhati, Mille mois de Faouzi Bensaidi, La chambre noire d'Hassan Benjelloun, entre autres.
Film rageur doté d'une forte charge politique, mais où le côté poétique est tout de même relevé, Starve your dog (Affame ton chien) a remporté le Prix de la Critique de la Fédération africaine de la critique cinématographique (FACC) à la Vème édition du Festival de film de Louxor en mars 2016. Evoquant un "has-been", en fait, une ancienne barbouze, dont la première mission avait été "d'éliminer un homme", Starve your dog serait en réalité l'histoire de Driss Basri, "l'éternel" ministre de l'Intérieur du roi Hassan II, interprété avec beaucoup d'à-propos par Benaissa El Jirari, de qui les journalistes attendent des révélations fracassantes, comme si elles allaient changer le cours de l'histoire.



Le film s'ouvre sur une femme, dont le scintillement des flammes dans les yeux rappelle aussi bien le feu de l'espoir que la brûlure interne qui la consume. Cette image, aussi paradoxale soit elle, est symptomatique de la trame de ce film, qui se déploie sur le double ressort de l'espoir et de la détresse. Espoir d'obtenir un scoop, détresse due à la révélation des crimes du passé. Une fois le décor planté, le réalisateur va inviter le spectateur à une sorte d'aventure, dans laquelle il convoque allègrement des flashbacks, pour jouer entre présent et passé. Pour ce faire, Hicham Lasri se sert des images en noir et blanc des événements du 11 septembre 2001 [les attentats contre le World Trade Center, à New York, ndlr], qui ont bouleversé la marche du monde, et celles en couleur d'un curieux massage à l'aide de pattes de poule, par une femme apparemment dérangée.

Pourquoi affamer son chien ?

Probablement, pour tisser la trame de son film sur la base de la métaphore de ce fidèle compagnon de l'homme, qui n'hésite pas à mordre pour défendre ou pour se défendre. Mais, le chien, dans certaines expressions, symbolise le mépris. Il en est ainsi de l'expression "vivre comme un chien", ou bien "le chien aboie, la caravane passe". Dans un film aussi engagé que Starve your dog, l'on peut imaginer qu'en affamant le chien, il doit pouvoir arrêter la caravane lorsqu'il aboie, pour que le monde cesse d'être "dirigé par des idiots qui louchent sur leurs comptes en banque", tel que le fustige le réalisateur.

Au fil du déroulement de ce qui va prendre la forme d'une (longue) interview, l'on va découvrir un homme brisé, doublement brisé, parce que pliant sous le poids d'une mission, la première remplie conformément aux ordres à lui donnés, et que le souvenir du passé rattrape par une remontée en surface avec une régularité de métronome. Lasri, en faisant attendre l'homme politique dans un studio de télévision pour parler du rôle grave qu'il a joué au sein de l'ancien régime, convie le spectateur à une espèce d'aventure, où l'écriture cinématographique, iconoclaste, va prendre le pas sur une histoire somme toute pathétique, mais qui, au demeurant, est un assourdissant cri de liberté. Liberté politique, mais aussi liberté artistique.

En effet, ce qui marque le plus dans le film de Hicham Lasri, c'est son écriture. Le réalisateur marocain emprunte au film expérimental, questionnant à sa façon le cinéma, au travers, par moments, de la mise en abîme, et de cette allusion à John Wayne. Il adopte ainsi des prises de vue inhabituelles, comme ce plan penché d'une fille dans son bureau, signe de déséquilibre et de la grande tension qu'elle vit, ou bien cet autre plan d'un journaliste couché devant son micro, ou encore ce plan incliné pendant des engueulades en studio, alors que "the camera is still running" ("la caméra est toujours en train de tourner").

Mais, ce qui frappe le plus dans ce film, c'est le réalisme des images et la manière de filmer. Lors de la projection à Luxor, à côté de moi, une femme n'est-elle pas sortie de la salle, après avoir accusé le coup sur ce plan de crachats déversés sur une vitre, consécutif à un raclement tonitruant de la gorge ? La manière de filmer d'Hicham Lasri ne bouscule-t-elle pas les conventions en la matière, parce que le cinéaste marocain semble privilégier les espaces aux personnages ? C'est ainsi que dans bon nombre de plans, l'on aperçoit les têtes des comédiens au-devant et en bas de l'écran, alors que le reste du cadre est réservé au décor ? (Les sous-titrages sont conséquemment placés en haut de l'écran). Ce faisant, le cinéaste marocain ne met-il pas en évidence, pour mieux les faire apprécier, les six côtés d'un cadre (le haut ; le bas ; les deux côtés, droit et gauche ; l'avant et le fond), conventionnellement décrit comme ayant quatre côtés (le haut ; le bas et les deux côtés, droit et gauche) ?

Le montage n'est pas l'aspect le moins déconcertant du film d'Hicham Lasri. Le réalisateur marocain est issu de l'école du clip, et le démontre par l'usage récurrent des ellipses, mais également, par un montage coup de poing et par des signes de ponctuation qui semblent au premier abord illogiques, mais qui, au fond, révèlent une suite tout ce qu'il y a de logique.
Au final, la qualité artistique de Starve your dog, son esthétisme original et la profondeur du traitement de son sujet font de son réalisateur un cinéaste prometteur.

Jean-Marie MOLLO OLINGA

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