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rédacteur
Jean-Marie Mollo Olinga
publié le
16/07/2005
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Un homme d'honneur face à l'inhumain
La Chambre noire, de Hassan Benjelloun (Maroc)
Bulletin n°5, Festival Écrans Noirs du cinéma d'Afrique francophone (FENCAF, Yaoundé, Cameroun), juin 2005.

Avec ce cinquième long métrage, Hassan Benjelloun vient s'inscrire dans la mouvance cinématographique marocaine oeuvrant à la mémoire historique d'une période baptisée après la mort du roi Hassan II "les années de plomb" et correspondant aux années 80 où l'on emprisonnait sans procès et dans des conditions extrêmes les militants politiques des partis s'opposant au pouvoir du roi. Alors que Face à face d'Abdelkader Lagtaâ, Mille mois de Faouzi Bensaïdi et Mémoire en détention de Jilali Ferhati tentent une approche métaphorique du sujet, Jawhara de Saâd Chraïbi et La Chambre noire mettent davantage l'accent sur la reconstitution historique. Tous participent de cette "invitation au voyage dans le temps". Autant d'hallalis dénonçant la dictature d'un roi qui n'était avenant qu'en apparence.

Cri de douleurs, La Chambre noire, qui a remporté l'Etalon d'argent au Fespaco 2005, est une adaptation libre du roman éponyme de Jaouad Mdidech. C'est l'histoire de Kamal Moudadich, employé dans un aéroport. A peine commence-t-il à goûter aux plaisirs de la vie, à peine a-t-il envisagé des projets d'avenir avec Najat, son ancienne voisine et collègue dont il est tombé amoureux, qu'il est rattrapé par son passé d'étudiant militant marxiste-léniniste.

Tiré de faits réels, le film de Hassan Benjelloun qui s'ouvre sur un vieux véhicule noir grimpant une colline et filmé de bas en haut, offre en perspective l'élévation d'êtres ayant terriblement souffert dans leur chair, dans leur âme et dans leur être.

Une fois arrêté, Kamal est conduit vers une "destination dantesque" où il est soumis à un "interrogatoire kafkaïen", pour l'amener à dénoncer ses compagnons d'hier, condition sine qua non de sa libération. Mais Kamal est un homme d'honneur.

Torturés à l'électricité et bastonnés, les prisonniers ont les yeux bandés. Ce morceau de tissu qui leur obstrue la vue les plonge non seulement dans une obscurité physique mais aussi dans l'obscurité intellectuelle. "Je n'ai plus de mémoire", dira l'un d'eux.

Un simple numéro

Le film de Hassan Benjelloun, pour relever l'absurdité de ces "années de plomb", se déroule dans une ambiance très grave et lourde. Celle-ci, renforcée par la musique aux relents liturgiques de Younes Megri, le toc toc toc incessant d'une goutte d'eau tombant à un rythme régulier et l'obscurité omniprésente rappellent à souhait les méthodes de torture nazie. Et même la lune, couleur de braise ardente (comme pour dire sa mélancolie), que des générations de poètes ont rapproché du sensible, laisse transparaître que dans ce film, ce ne sont pas seulement "la chambre" et la voiture qui sont noires. Ce sont surtout les cœurs des geôliers et des hommes du système qui, par un phénomène d'accoutumance, ont fait de la violence leur seconde nature. Des hommes qu'on peut rencontrer en boîte de nuit, faisant la fête, sans le moindre souci ni remords.

Parce que La Chambre noire peut apparaître comme le pendant marocain de la Commission vérité et réconciliation de l'Afrique du Sud, elle se situe dans ce "cinéma de la réflexivité historique jouant sur l'effet de l'impression de réalité", et qui veut que "la justice finisse toujours par gagner". Et pour accentuer la sensibilisation vis-à-vis de ce drame, le réalisateur ne se gêne pas pour évoquer la violence, au travers par exemple d'un très gros plan d'un œil rougi et larmoyant, de gros plans de la souffrance de la mère de Kamal, ou d'images d'ensemble de scènes d'une brutalité inouïe. Pouvait-il en être autrement quand on a volé la jeunesse d'un personnage aussi "attachant par son côté solidaire, généreux et entier" que celui de Kamal ? Quand des familles ont été disloquées (Najat contre son frère) ? Quand, par la peur de la répression, l'entraide n'existe plus ? Le côté animalier des geôliers pour qui ces gens qui réclament "la liberté, la dignité et le pain" ne sont que "des poussins devant un Etat puissant" est porté à son paroxysme lorsqu'ils avilissent l'être humain, ne l'assimilant plus qu'à un simple numéro.

Ne sont-ce pas tous ces ingrédients qui, au-delà de l'aspect document du film, lui apportent ce surcroît de saveur qui le rend finalement utile pour exorciser des comportements ayant déstabilisé des générations d'Africains ?

Jean-Marie Mollo Olinga (Cameroun)

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