actuellement 18088 films recensés, 3138 textes recherche | » english  
films réalisateurs acteurs producteurs distributeurs festivals agenda pays espace personnel  
  critiques»
  dossiers»
  analyses»
  entretiens»
  comptes rendus de festivals»
  reportages»
  documents»
  ateliers»
  Zooms»
  rédacteurs»
  écrans d'afrique»
  Asaru»
  lettre d'info
  inscription»
  desinscription»
  archives »
  liens»
  dépêches »
  nouvelles de
la fédération»
  la fédération»
  contacts»
  partenaires»
  accueil»




 
    
rédacteur
Meriam Azizi
publié le
21/07/2006
films, artistes, structures ou événements liés à cette critique
les commentaires liés à cette critique
retour
 
Entre l'ici et l'ailleurs
Bled number one, de Rabah AMEUR-ZAÏMECHE (Algérie)
Prix de la jeunesse au Festival de Cannes 2006 "un certain regard"
Après Wesh wesh, qu'est ce qui se passe ?, Prix Louis Delluc du premier film (2002), RAZ (Rabah Ameur-Zaïmeche) signe avec Bled number one son deuxième long-métrage qui s'inscrit dans la même continuité mais dans un sens inverse. En effet, l'acteur principal, ici le réalisateur lui-même, n'arpente plus les rues de la banlieue parisienne mais retrace les chemins de son village natal du nord-est algérien après avoir été expulsé du territoire français. À peine sorti de prison, Kamel est expulsé vers son pays d'origine, l'Algérie. Un exil, allégorie d'un voyage initiatique, qui le mène sur la voie d'un pays figé dans une impasse.

Le film se distingue par son originalité. Tout d'abord de par l'histoire, non seulement étrange par rapport à ce que les réalisateurs issus de la deuxième génération nous ont habitué à voir, mais surtout réaliste voire même naturaliste dans un sens zolien du terme. Loin du pathos et du misérabilisme qui dominent la quasi majorité des opus maghrébins, Bled number one, nous plonge dans une trame diégétique d'une fluidité extrême où la réalité frise la fiction. Cet effet est rendu par la lenteur dont le temps s'écoule. Mais aussi par le rejet d'un dialogue intensif et la prédilection d'un silence éloquent qui n'est pas sans laisser cogiter le spectateur. L'authenticité des expressions de visages, l'attitude étonnamment naturelle des personnages dont on devine d'après le générique de la fin la parenté avec le réalisateur, nous donnent par des moments du mal à cerner le genre du film. Mais nous pouvons le certifier : il s'agit bel et bien d'une fiction. Une fiction bien structurée où on enregistre trois pics de crise, toutes les fois marquées, par un accompagnement musical aussi bien excentrique et surréaliste que proprement choisi. La première intervention est assurée par la prestation de Rudolphe Burger. Ce qui relève de l'inattendu. Le guitariste, perdu dans l'étendue de la nature de la région de la Kabylie, procure, grâce aux notes qu'il laisse échapper, une dimension épique au cadre spatial. Cette fonction dramatique accentue la douleur ressentie par Kamel à l'issue d'une brutale altercation avec Bouzid, le frère de l'autre personnage également en quête identitaire, Louisa, victime des préjugés de la société patriarcale où elle vient d'atterrir. Le dernier plan du film reprend la même disposition des personnages sauf que la prise est faite vers la fin du crépuscule. Cette fois, la musique dit l'étouffement de Kamel dans un pays finalement sans espoir. Le plan qui précède nous le montre en train de préparer sa fuite. "Je ne peux pas rester là, je vais craquer, péter les plombs" dira-t-il à la fin. Entre les deux crises de Kamel, s'intercale celle de Louisa internée dans un hôpital psychiatrique après une tentative de suicide échouée. En guise d'exorcisme, elle s'accapare d'un micro transformant un simple coin en une salle de concert. Elle réalise enfin sa passion qui l'a séparée et de son mari, figure du machisme, et de son fils enlevé par son père: chanter.
De point de vue de la thématique, Bled number one moyennant une mise en scène qui s'accroche à une veine documentaire pour mieux bondir dans le romanesque, aborde les travers d'une société en mal de transformation. De la crise identitaire qui malgré l'entreprise d'un voyage initiatique et le retour aux origines a perduré, à la condition de la femme toujours maltraitée et profondément humiliée. Louisa, rejetée par sa mère, son frère qui par peur du déshonneur l'a enfermée, trouve en Kamel un refuge. Quelques signes d'un amour naissant se manifestent sans pour autant aboutir à quelque chose de concret. L'impossible éclosion d'une histoire d'amour traduit dans ce sens l'inanité de tout effort de réconciliation avec un pays somme toute immuablement conservateur. Le pseudo-couple Louisa et Kamel, victimes des pratiques liberticides de leurs compatriotes, cherchent un paradis perdu qu'ils ont illusoirement cru à un moment être leur Algérie. Un rêve auquel on a cru plus intensivement au début lors des rassemblements autour d'une tasse de thé à la terrasse dans une atmosphère trop paisible pour ne pas soupçonner un orage imminent ou plus idéalement à la ZARDA, un rite ancestral qui figure la soudure entre les hommes, tout particulièrement au moment du partage équitable de la viande entre les habitants du village. La question de l'intégrisme et ses dangers a été furtivement soulevée. Un plan américain qui rappelle la posture des duels westerns fait défiler une bande de jeunes désoeuvrés qui ne ratent aucune occasion pour faire régner la terreur. Le lynchage de Bouzid qui, par malchance, les croise sur son chemin, ivre et traînant une caisse de bière, tue tout espoir de changement.
L'insistance des gros plans de portes – qui désespérément refusent tout accueil de l'extérieur ou ne s'ouvrent que pour fatalement se fermer – annonce déjà le tournant que le film va prendre. Toutefois la lourdeur du climat dans lequel baigne le village de Louloudj se trouve fort heureusement compensée par des plans d'ensemble caressant la splendeur d'une nature tout de même captivante. Le réalisateur ne lésine pas en ce sens. Sa déclaration d'amour à son pays se dessine sur les rires des femmes ; elle nous est communiquée à travers la danse des hommes du village, le soir de la fête. Rien ne leur manque pour être heureux et pourtant…

Meriam AZIZI

Le 25ème Prix de la Jeunesse a été décerné à Bled Number One de Rabah Ameur-Zaïmeche.
Cette récompense, créée en 1982 par le Ministère français de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative et parrainée cette année par la comédienne Marie Gillain, permet à un jury de sept jeunes cinéphiles de se prononcer sur les films présentés en compétition et dans la section Un Certain Regard.

Cinq jeunes Français, un Finlandais et un Autrichien ont vu dans Bled Number One "une déclaration d'amour à l'Algérie, un regard neuf mais sans complaisance sur ses contradictions et certains archaïsmes". "C'est un film intimiste, poétique, lumineux et pas misérabiliste sur l'Algérie", ont déclaré les jurés.

Five young Frenchmen, one Finn and one Austrian saw in Bled Number One "a declaration of love for Algeria, a new outlook but without complacency on its contradictions and certain archaisms." Declared the jury members, "It is a film which is intimist, poetic, brilliant and not a pessimistic picture about Algeria."

Source : Site du festival de Cannes 2006 (en anglais et en français)
http://www.festival-cannes.fr

haut de page


   liens films

Bled Number One 2005
Rabah Ameur-Zaïmèche


   liens artistes

Ameur-Zaïmèche Rabah


haut de page



   vos commentaires
vos commentaires sur cette critique :
   
 
  ajouter un commentaire
   

haut de page

 

 

 

 

?>