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rédacteur
DieuMerci Monga, Georges Nzuzi
publié le
23/09/2006
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Le malentendu culturel africain
Sorcière, la vie ! de Monique Phoba

Réflexion sur un phénomène de société, le moyen métrage que Monique Mbeka Phoba vient mettre en scène est basé sur la quête identitaire d'une enfant ayant depuis des lustres été coupée de ses racines. Ce documentaire de 52 mn écrit à la première personne, tente de reconstituer son histoire, en interrogeant ses proches, notamment son père, le Docteur Mbeka Nkolo. Pour ce faire, témoignages, reconstitutions de scènes et archives sont abondamment convoqués.

"Si tu ne connais aucun proverbe, c'est que tu n'as pas écouté la parole d'un ancien". Comment donc une réalisatrice congolaise née et ayant grandi en Belgique peut-elle retrouver le sens de sa propre culture ? Après la mort de son père, Monique Phoba s'installe au Bénin. Puis opère un retour au Congo, grâce à un vieux compagnon de son père, juge coutumier de 19 villages, mais vivant à Kinshasa, et qui partage avec celui-ci une même histoire, "arrimée au passé et ouverte au futur". Autrement dit, une histoire qui se situe entre tradition et modernisme. Le film fera ainsi un constant va et vient entre le désir de comprendre de la réalisatrice et les comportements locaux emprunts de croyances manifestement décalées. Cependant, Sorcière, la vie ! n'apparaît-il pas comme une espèce d'ouverture, une vision où, finalement, l'autre cesserait d'être un diable, pour se présenter comme un être recherchant tout simplement la vie lui aussi, mais à sa façon ?

Dans ce film, les faits sont complexifiés par la diabolisation de l'Africain que présente Monique Phoba. Des enfants exclus de la société racontent leurs malheurs, sans que l'on sache, au final, qui est mis en cause. Tous ou personne ? La sorcellerie ne relèverait-elle pas simplement de l'imaginaire dû lui-même à l'analphabétisme ? Les scientifiques comme le Docteur Phoba étant en rupture totale avec les villageois, ils ont par conséquent une vision des réalités différente, à l'image de ce jeune homme qui réclame la protection dans un coin du ventre de son père. Le sorcier ne se déclare pas comme tel. Et dans le film, l'un des protagonistes reproche implicitement à la réalisatrice le fait de s'engager dans un domaine aussi abstrait. Néanmoins, il faut lui reconnaître le mérite de mettre sur la table un problème qui divise et déchire de nombreuses familles non seulement au Congo, mais dans toutes les autres contrées africaines. On peut déplorer que l'irrationnel soit encore si important dans un contexte mondial fait de rationalité ?

Mbata est facilement accusé d'avoir sacrifié sa fille et son petit-fils pour consolider son pouvoir de chef coutumier, alors qu'ils avaient été renversés par une voiture. Des enfants meurent pour avoir été ligotés pendant trois jours sans boire et sans manger, ou bien sont forcés de boire de l'huile pour être exorcisés. Et malgré tout, la police qui doit apparaître comme le dernier recours ne sait comment prévenir les drames.

Cette quête de ses origines, mieux, ce retour aux sources ne débouche-t-il pas sur un déphasage qui n'est pas seulement celui de la réalisatrice, mais qui relève du malentendu culturel africain ? "Diabolisés à nos propres yeux, nous nous éloignons sur les chemins du monde sans guide et sans repères." Le constat est amer, mais il est dynamique. La sorcellerie n'est pas vue ici d'un point de vue ethnographique. On n'apprendra donc pas grand-chose sur elle, si ce n'est que la cosmogonie africaine suit d'autres logiques qui nous resteront étrangères. Et la soumission aux rites ancestraux traduira encore pendant longtemps l'influence de la tradition sur la modernité.

DieuMerci MONGA
et Georges NZUZI

Bulletin quotidien de la deuxième édition du Festival Afrique Taille XL (19-22 avril 2006, Bruxelles, Belgique).
Édition du Vendredi 21 avril 2006

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