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rédacteur
Samir Ardjoum
publié le
30/11/2006
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Les années de plomb

Le cin√©ma alg√©rien existe-t-il ? Interrogation saugrenue mais qui gagne en valeur lorsfque l'on conna√ģt l'histoire qu'a v√©cue l'Alg√©rie des ann√©es 90. Soul√®vement national qui fut r√©prim√© par l'Etat (les journ√©es d'octobre 1988), mont√©e de l'int√©grisme religieux (victoire du FIS aux √©lections locales de 1990 et nationales de 1991), interruption du processus √©lectoral et emprisonnement des leaders du FIS qui furent √† l'origine d'une guerre civile qui allait durer toute une d√©cennie. La vie reculait, les t√™tes tombaient et le d√©sordre reprenait ses droits. Au beau milieu de cet enfer, la cr√©ation artistique connaissait une profonde d√©su√©tude. De nombreux artistes quitt√®rent le pays pour un exil forc√©, quant aux autres, ils √©taient simplement tu√©s ou r√©duits au silence. Seul dans un coin, le cin√©ma alg√©rien commen√ßait sa longue hibernation, observant les contours d'un puzzle kafka√Įen sans filmer la moindre image. Il faut attendre la fin des ann√©es 90 pour voir poindre quelques t√©moignages provenant des deux c√īt√©s de la M√©diterran√©e. En France, des cin√©astes tels que Dominique Cabrera (L'autre c√īt√© de la mer, 1996) ou Alexandre Arcady (L√†-bas mon pays, 1999) questionn√®rent √† leur mani√®re l'illogisme de cette guerre tandis qu'en Alg√©rie, le r√©veil s'annon√ßa avec l'arriv√©e d'une nouvelle g√©n√©ration d'auteurs pour la plupart form√©s √† l'√©tranger et appliquant le mot d'ordre lanc√© par le cin√©aste Belkacem Hadjadj : "Faites des films sur cette p√©riode pour que nos enfants n'oublient jamais".

Le premier √† prendre la parole fut Nadir Mokn√®che. En 1999, ce jeune dipl√īm√© de l'Universit√© d'Art de P√©rouse (Italie) r√©alisa Le Harem de Madame Osmane dont la trame se d√©roulait en 1993 dans un quartier ais√© d'Alger et qui mettait en sc√®ne la propri√©taire d'un immeuble occup√© par tout un microcosme √©vocateur. Du mari infid√®le √† la servante d√©glingu√©e en passant par la jeune voisine d√©prim√©e, Le Harem de Madame Osmane renvoyait le reflet d'une Alg√©rie en perte de vitesse. Mokn√®che se d√©marquait d'un cin√©ma poussi√©reux en appliquant une pommade de libert√© par de nombreuses sayn√®tes fantaisistes o√Ļ la v√©rit√© maltrait√©e laissait place √† la r√™verie. Pour faire passer la pilule, il d√©posait ostensiblement tous les maux alg√©riens sur les √©paules de l'irascible Osmane, ancienne maquisarde de la guerre d'ind√©pendance. Regard perdu, parano√Įa aigue et trouble de la personnalit√© offraient un aper√ßu critique de l'Alg√©rie de cette p√©riode. Violence abstraite sans effet de sang mais brutalit√© des mots qui transper√ßaient d√©finitivement le spectateur. L'ultime s√©quence du film o√Ļ Osmane contemple une derni√®re fois le cercueil de sa fille unique, morte sous les balles polici√®res, en fut la parfaite illustration. Le film s'achevait brutalement sous les youyous continus de la servante laissant pr√©sager du pire.

Ce film est √† rapprocher du documentaire de Malek Bensma√Įl, Alg√©rie(s) r√©alis√© en 2003. Film-fleuve (pr√®s de trois heures) qui relatait les √©v√©nements politiques et sociaux qui embras√®rent le pays, Alg√©rie(s) est une exp√©rience p√©dagogique passionnante servie par la voix d'outre-tombe du com√©dien Agoumi exposant sous toutes ses formes la lente d√©ch√©ance d'un pays qui n'eut aucune chance de survie. On comprend ais√©ment la mont√©e de cette violence, traduite par le verbe d√©daigneux des dirigeants islamistes et l'on distingue naturellement les cons√©quences de cette gangr√®ne. Bensma√Įl d√©monte coup par coup les enjeux de cette soif de pouvoir et renforce ses id√©es par un montage serr√© tout en valorisant la parole. Accorder cette libert√© d'expression au peuple, aux journalistes, aux militaires, aux islamistes et aux politiques doit permettre de lever le voile sur la r√©alit√© des choses. L'√©locution est ici source des maux, elle am√®nera une autre forme de violence, la mort tout simplement.

Ce mauvais augure sera film√© la m√™me ann√©e dans Rachida, Ňďuvre effrayante de l'ancienne monteuse et sc√©nariste Yamina Bachir-Chouikh. Pour s'√™tre rendue sur son travail sans porter le voile, Rachida sera violemment agress√©e par une bande de terroristes qui la laisseront pour morte. Exil√©e dans un village aux alentours d'Alger, cette enseignante tentera de retrouver go√Ľt √† la vie. Le film est radical, aux antipodes de l'univers d'un Nadir Mokn√®che car plus ancr√© dans un r√©alisme morne et plus f√©roce envers le quotidien alg√©rois. R√©alis√© dans l'urgence, le film s'interroge sur ce syst√®me anarchisant o√Ļ la culture dispara√ģt au profit de l'amalgame religieux et du totalitarisme culturel. Une Alg√©rie "vivier de violence o√Ļ l'on cultive la culture de la haine" et o√Ļ Yamina Bachir-Chouikh ne fait pas abstraction de la bestialit√© humaine. Sa repr√©sentation est frontale, sans concession et profond√©ment d√©l√©t√®re. Aucun non-dit, le sang coule sur les images du film, la peur se lit dans le regard d√©sempar√© de Rachida et les morts se ramassent √† la pelle. Deux s√©quences viennent hanter les esprits : le hammam o√Ļ l'h√©ro√Įne refuse de se rendre, de peur que sa blessure au ventre soit interpr√©t√©e comme une c√©sarienne et le mariage, s√©quence finale, o√Ļ les terroristes d√©cident de massacrer tous les villageois. L'auteur ne prend aucune pincette pour filmer la sauvagerie. Son cin√©ma est clinique, quasi naturaliste (dans la veine d'un Pialat) allant jusqu'√† sonder ce qu'il y a de plus pourri dans l'√Ęme humaine.

Sans le savoir, Yamina Bachir-Chouikh a sign√© le manifeste du nouveau cin√©ma alg√©rien. Priorit√© √† l'√©tude des sens et aux espaces du deuil. Le Th√© d'Ania et Bled number one sont deux exemples frappants de cette id√©ologie. Le premier, r√©alis√© en 2004 par le journaliste et dramaturge Sa√Įd Ould Khelifa, narre les promenades singuli√®res d'un romancier contraint de s'enfermer chez lui par peur de repr√©sailles terroristes. Ici, point d'agression physique ni de discours politique. Les r√©sonances d'un pass√© meurtrier se distinguent par une solitude volontaire, reflet d'une folie et d'une fr√©n√©sie discr√®tes. Le h√©ros refuse toute communication avec l'ext√©rieur voyant en cette soci√©t√© la cause de ses tourments. Espoir d√©chu, mainmise sur une parano√Įa aigue, l'√©crivain ne tient plus qu'√† un fil, celui qui le relie √† sa voisine de palier, une certaine Ania, symbole d'un espoir tant voulu. Ould Khelifa, par le biais de son personnage, s'interroge sur le d√©chirement. Avant lui, le cin√©ma alg√©rien s'orientait vers une repr√©sentation des faits. Aujourd'hui, l'heure est √† l'all√©gorie, la reproduction du deuil et de ses cons√©quences afin de dessiner un tableau des traumatismes alg√©riens. L'auteur pr√©sente un artiste qui ne peut s'exprimer que par les mots. Il doit continuer sa recherche du sublime, m√™me s'il a subi un fort s√©isme int√©rieur. L'art ne doit pas reculer, telle est la conclusion du cin√©aste.

Dans la m√™me veine, Bled number one du cin√©aste fran√ßais Rabah Ameur-Zaimeche est l'une des premi√®res tentatives de renouement avec le dialogue alg√©rien. Le film s'ouvre sur un plan-s√©quence qui annonce l'intention du r√©alisateur : signaler au spectateur qu'il est en terra incognita. Ce village qui l'a vu grandir mais qu'il d√Ľ quitter pour la France est devenu un lieu de chamboulement o√Ļ le terrorisme est encore pr√©sent, o√Ļ les traditions tiennent le haut de la pyramide sociale et o√Ļ le d√©nigrement de la femme est encore un probl√®me majeur. Ameur-Zaimeche compose un personnage qui se tient √† l'√©cart de ces rites, observant silencieusement un environnement d√©gradant qui se borne √† rester sur ses positions f√©odales. D'o√Ļ une violence dissip√©e mais qui peut exploser √† tout moment. L'auteur filme ce d√©s√©quilibre avec beaucoup de lucidit√© et de respect. Les quelques s√©quences du quotidien villageois sont trait√©es sous un aspect typiquement documentariste. Sociologie des corps, r√©inventant une d√©mographie qui lui permettrait d'√©largir son champ de vision, Ameur-Zaimeche filme une Alg√©rie repr√©sent√©e dans toute sa splendeur (alchimie parfaite entre la chaleur humaine et la contemplation naturelle) et dans sa m√©diocrit√© (r√©pudiation de la femme, injustice sociale et int√©grisme ambiant). Le cin√©aste conclut son film sur l'agressivit√© qui pollue l'air alg√©rien amenant ses propres enfants √† quitter d√©finitivement leur terre pour un Eldorado utopique.

La th√©matique principale du cin√©ma alg√©rien a toujours √©t√© la violence. Qu'elle soit frontale (Rachida), sugg√©r√©e (Le Th√© d'Ania), verbale (Alg√©rie(s)) ou silencieuse (Bled number one), la brutalit√© humaine impose malheureusement une nouvelle tournure dans cette g√©ographie cin√©matographique, celle d'un retour √† la reconstitution historique. La nouvelle g√©n√©ration qui eu 20 ans dans les ann√©es 90 ne peut faire abstraction de cette p√©riode sous peine de d√©naturer la production filmique. Des films doivent √™tre pens√©s et r√©alis√©s dans le but de renforcer la qualit√© cin√©matographique, lui redorer le blason afin qu'un large choix soit enfin propos√© aux spectateurs. Ne pas tomber dans la facilit√© propagandiste, ne pas suivre le mauvais exemple des a√ģn√©s, tel est le chemin √† suivre. Oui, le cin√©ma alg√©rien peut exister !

Samir Ardjoum

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   liens films

Algérie(s) 2004
Malek Bensma√Įl, Thierry Lecl√®re, Patrice Barrat

Autre c√īt√© de la mer (L') 1997
Dominique Cabrera

Bled Number One 2005
Rabah Ameur-Za√Įm√®che

Harem de Mme Osmane (Le) 1999
Nadir Moknèche

Là-bas, mon pays 1999
Alexandre Arcady

Rachida 2002
Yamina Bachir-Chouikh

Thé d'Ania (Le) 2004
Sa√Įd Ould Khelifa


   liens artistes

Agoumi Sid Ahmed


Ameur-Za√Įm√®che Rabah


Arcady Alexandre


Bachir-Chouikh Yamina


Bensma√Įl Malek


Cabrera Dominique


Hadjadj Belkacem


Moknèche Nadir


Ould Khelifa Sa√Įd


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