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rédacteur
Bassirou Niang
publié le
15/03/2007
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Les souvenirs oubliés
Ezra, de Newton Aduaka (Nigeria)
Bulletin Africin√© n¬į04 (FESPACO 2007), du Mardi 27 f√©vrier 2007

Voici un film o√Ļ la violence parle plusieurs langues. Un film o√Ļ les images parlent dans leur nudit√© absolue. Newton I. Aduaka veut-il mettre √† nu cette violence devant les consciences ou cherche-t-il √† l'exorciser ?

Ezra, du nom de cet enfant captur√©, fait suite √† Rage, beaucoup prim√© dans les festivals internationaux, mais aussi au magnifique court m√©trage A√Įcha qui, d√©j√†, explorait la mort et sa pr√©sence. Il nous plonge dans la douloureuse m√©moire d'une Sierra Leone rendue exsangue par des ann√©es de guerre. L'enfance y souffre mais aussi y fait souffrir.
Les √©l√®ves d'une √©cole, enlev√©s en ce 13 juillet 1992 o√Ļ ils r√©digent une r√©daction "Pourquoi j'aime mon pays ?", serviront de soldats √† des chefs de guerre qui leur font croire qu'ils sont "les enfants de la r√©volution". Sous l'effet de la drogue et de l'alcool, leurs armes d√©cr√®tent, de fa√ßon toute m√©canique, la mort dans les villages, en proie aux esprits de vengeance.
"À partir de maintenant, vous êtes des cercueils ambulants" : cette phrase du chef du gang des "Blood Brotherhood" ("La fraternité du sang") banalise la mort et, par effet, la vie. Une banalité qui se décline en "rats", "renégats", "cafards", etc. Portée par une caméra à l'épaule active durant les attaques, l'image rend ce sentiment de l'écrasement, de l'effacement de soi devant la "cause".

Ezra ressuscite l'√Ęme et la vision noires et barbares de Fod√© Sankoh qui demandait √† ses soldats de couper la main aux hommes et femmes pour leur emp√™cher de voter, afin de contrer le gouvernement qui d√©cr√©tait "les √©lections avant la paix". Pour rendre ces antagonismes, le film charrie la noirceur des lieux, expose la mat√©rialit√© des cadavres, alimente les pleurs, laisser deviner la chaleur du sang qui coule, sans pourtant jamais se livrer √† une quelconque fascination pour la violence. On est proche du roman "Allah n'est pas oblig√©" d'Ahmadou Kourouma. Le spectateur ne peut que (re)saisir dans l'effroi son √©motion en entendant un chef clamer que lui et ses protagonistes luttent "pour la grandeur de ce pays".

Quelle que soit l'intensit√© de la violence, la m√©moire et l'oubli d√©filent dans une sorte de dialectique. Mais une m√©moire qui refuse de s'exprimer, parce qu'elle se veut muette et absente face √† la n√©cessit√© de savoir pour pardonner. Onitcha la muette et l'amn√©sie d'Ezra durant les audiences du "Comit√© v√©rit√© et r√©conciliation" semblent lui permettre d'avancer masqu√©e. Jouant l'√©vitement, elle nargue ceux qui cherchent pourtant le sens du pardon. Le mal qui s'avoue ne chercherait pas l'apitoiement mais √† enclencher "le processus de gu√©rison" dont parle le juge. Ezra ne parvient cependant pas √† se souvenir de l'attaque dramatique du village. Son traumatisme est √† l'√©gal de ses victimes. Il oublie son souvenir. C'est l√† toute l'√©nigme sur laquelle bute la d√©termination d'hommes et de femmes demeur√©s longtemps dans les couloirs de la violence o√Ļ la mort leur parlait √† mots d√©couverts. Les couleurs des habits militaires comme les d√©cors renforcent le sentiment d'embrouillement. Tout s'enlace : "Je me souviens seulement du sang et des cris", dira une religieuse dans sa d√©position. Comment tirer de cette confusion de quoi vivre ensemble ? Sans apporter de r√©ponse mais en d√©gageant l'ambivalente humanit√© des bourreaux, Ezra nous met sur la voie d'une possible r√©conciliation.

Bassirou Niang (Sénégal)

Article paru dans le Bulletin Africin√© n¬į04 (FESPACO 2007), du Mardi 27 f√©vrier 2007, page 4.

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   liens films

A√Įcha [r√©al: Newton Aduaka] 2004
Newton Aduaka

Ezra 2006
Newton Aduaka

Rage 1999
Newton Aduaka


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Aduaka Newton


   liens structures

FESPACO
Burkina Faso | Ouagadougou 01

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