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rédacteur
Ikbal Zalila
publié le
30/04/2007
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Témoignages de Palestine : Urgence du documentaire
36ième session du Festival international du film de Rotterdam 2007.

Le documentaire dans sa forme poétique a donné de la Palestine des témoignages dont la force est gravée à jamais dans les esprits. Récemment Route 181 de Michel Khleifi et Eyal Sivan, ainsi que Le Mur de Simone Bitton ont provoqué une onde de choc favorable à la cause palestinienne dans les opinions publiques occidentales en raison de leur excellente facture cinématographique mise au service de la justesse d'une cause. À l'heure où les spectateurs du monde entier sont gavés quotidiennement d'images sur les atrocités commises par l'armée israélienne, se proposer de saisir la réalité de l'occupation par le biais d'une démarche documentaire relève de la gageure.

Bil'in habibti, Hot House et Cher père, silence, on tire sont trois documentaires, trois regards, trois témoignages sur respectivement, la résistance pacifique des habitants de Bil'in à la construction du mur de la honte, la situation et l'organisation de prisonniers et prisonnières politiques palestiniens dans les prisons israéliennes et enfin ce qui motive les objecteurs de conscience qui sont de plus en plus nombreux à refuser de servir dans l'armée israélienne.

Shai Carmeli Pollack réalise avec Bil'in habibti un documentaire coup de poing sur le quotidien du village de "Bil'in" qui essaie, par le biais d'un comité populaire contre le mur, de résister pacifiquement à la confiscation de 50% de ses terres pour les besoins de la construction du mur de la honte.
Lui-même ancien soldat, aujourd'hui militant de la paix, le réalisateur installe sa caméra pendant un an pour témoigner, parfois à son corps défendant, de la lutte quotidienne du "comité populaire contre le mur" pour faire entendre pacifiquement sa voix. Mohamed, animateur de ce comité, organise quotidiennement des marches, des événements, dont l'objectif est de faire prendre conscience aux soldats israéliens de l'illégitimité de leur action. Ce faisant, il offre une visibilité de plus en plus importante à son village, puisque son mouvement est rallié par des pacifistes venus du monde entier soutenir les villageois dans leur combat. La non violence contre la violence de l'agresseur, les porte-voix contre les balles de l'occupant, une stratégie de résistance qui ne sied évidemment pas aux soldats israéliens Officiellement, les soldats ont recours aux balles en réponse aux pierres, une violence légitimée par la volonté d'auto défense. On sait qu'il n'en est rien et que l'usage des tirs est aveugle et tue quotidiennement des innocents.
Ce prétexte perd toute sa consistance à Bil'in où les manifestations sont strictement et ouvertement pacifiques et se limitent à des marches quotidiennes jusqu'aux frontières futures du mur, point de pierres, point d'armes, point d'attentats, des manifestants bien quadrillés de villageois qui expriment pacifiquement leur colère. Le principal mérite du film est de mettre en lumière une forme de résistance organisée inhabituelle pour l'armée israélienne et surtout son incapacité à gérer la non-violence autrement que par la violence des balles, des arrestations ; l'impression étant que ses soldats ont été dépouillés de toute humanité et sont comme programmés pour tuer. Ce documentaire montre aussi comment l'armée de l'occupant crée la violence pour légitimer la sienne en ayant recours à des casseurs qui infiltrent les cortèges pacifiques. Le responsable israélien du secteur est apostrophé en off par le réalisateur qui fait appel à sa conscience d'homme, s'en suivent des échanges très vifs sur la justesse de la cause des villageois, le caractère monstrueux de ce qui se joue à Bil'in et dans des centaines d'autres villages promis au même sort. Aux tirs de balles succèdent des périodes d'accalmie, très vite la violence reprend droit de cité au sein d'une armée dont elle constituerait une sorte de code génétique. Le village engrange les petites victoires symboliques et accède à la visibilité médiatique…. Et la construction du mur va de l'avant.

Ce sont les motivations des objecteurs de conscience israéliens qui sont au cœur de Cher père, silence on tire. Ce documentaire réalisé par David Ben Chetrit consiste en une série de 4 portraits d'anciens militaires israéliens et d'un intellectuel de gauche qui ont décidé de vivre en accord avec leur conscience, en refusant de servir une armée qu'ils qualifient eux mêmes de criminelle dans les territoires occupés.
Pilote de chasse, colonel de réserve, sergent de réserve, simple soldat ou intellectuel engagé, Yoel Peterberg, Eli Geva, Sergio Yani,Igal Ezrati et Gadi El Gazi, en l'absence du statut d'objecteur de conscience réservés aux seuls étudiants suivant des enseignements dans des écoles religieuses, font des séjours réguliers en prison à chaque fois qu'ils ne répondent pas à l'appel de l'armée israélienne. Ces anciens militaires ne sont pas nécessairement pacifistes. Yoel Peterberg le souligne on ne peut plus clairement, mais l'État israélien est aujourd'hui un État agresseur et il ne s'est pas engagé dans l'armée pour "larguer des bombes d'une tonne sur des immeubles civils au Liban". Ne pas servir constitue pour ces objecteurs de conscience le seul moyen de dire leur humanité, de s'opposer à un État belliqueux et tentaculaire, "face à la folie de l'État, tu ne te poses pas la question des limites de l'obéissance, c'est ton devoir d'arrêter d'obéir" nous dit Sergio Yani et si l'État est partout il y a un lieu qui lui est interdit : celui de la conscience. Ces voix discordantes et minoritaires qui s'élèvent à leur corps défendant contre le mensonge d'État ont quelque chose de touchant et d'universel. Cher père… pose avec intelligence la question des limites de l'allégeance politique lorsqu'elle entre en conflit avec notre humanité, nos consciences.

Hot House nous invite dans la prison de Ben Shiva. La vie des prisonniers politiques palestiniens nous est racontée jour pour jour, dans l'année qui précède les élections qui amèneront le Hamas au pouvoir .On y rencontre Abu Néji, leader du Fatah en prison depuis 24 ans et condamné à vie, Hasan Youssef leader du Hamas en attente de sa condamnation, des jeunes et moins jeunes condamnés pour des attentats avortés, pour soutien logistique à l'organisation d'attentats ou pour simple délit d'appartenance à un groupement politique palestinien. Tous ces prisonniers sont sous le coup de peines très lourdes allant de vingt ans à l'emprisonnement à vie. Les prisonniers sont regroupés selon leur appartenance politique, on y trouve ainsi les cellules communes du Hamas, celles du Fatah, celles du Fplp et chaque faction dispose d'un porte-parole démocratiquement élu auprès de l'administration pénitentiaire israélienne. Ce qui interpelle de prime abord c'est la parfaite organisation qui règne entre les prisonniers, les jeunes sont pris en main par leurs aînés, toutes les questions d'ordre pratique sont mises en délibéré. On discute, on argumente, les débats politiques parfois très vifs constituent une excellente école de socialisation politique pour les plus jeunes. L'immense majorité des prisonniers suit des études de troisième cycle ou de doctorat ; la science politique est la discipline de prédilection. Ces études sont financées par le ministère palestinien des prisonniers. Shimon Dotan n'est pas dans la compassion, et les prisonniers qu'on interroge ne sont pas dans l'auto apitoiement sur leur sort. Ce documentaire est quasi anthropologique, la caméra observe, dissèque, démonte les mécanismes d'une communauté politique en situation d'incarcération. Les contacts avec l'administration israélienne sont pratiquement quotidiens et se font par le biais des porte-paroles des différents partis politiques. Les rapports sont courtois et teintés de respect, il ne s'agit pas ici de prisonniers de droit commun mais d'emblèmes de la lutte d'un peuple pour sa liberté. La prudence est de mise des deux côtés, côté israélien on sait le poids politique qu'ont ces prisonniers dans la vie politique en Palestine, on sait qu'un certains nombre de décisions majeures sont prises par ces leaders et sont acheminées l'extérieur via les familles vers les compagnons encore en liberté. Du côté palestinien, on ne confond pas négociation et collaboration, Israël est et reste l'occupant et la négociation porte sur des questions d'ordre pratique relatives à l'organisation du quotidien des prisonniers, à l'aménagement du droit de visite pour les familles. Les fouilles dans les cellules sont systématiques, les conditions d'accueil des familles des prisonniers sont choquantes et la privation de liberté difficile à endurer. Les jeunes bénéficient de l'expérience et des connaissances de leurs aînés, ils font l'apprentissage du débat politique, de la tolérance par le biais de la coexistence pacifique avec les prisonniers des autres factions et surtout de la démocratie par le biais du vote pour toutes les institutions qui les représentent en prison. L'édifice politique est en effet parfaitement huilé. Chaque organisation politique élit le responsables de 4 commissions ; la commission de l'éducation, la commission de politique étrangère, la commission administrative , la commission financière, ces élections en interne constituent le préambule à l'élection du comité général de la prison qui élira les porte-paroles des prisonniers. Ces jeunes éduqués, rompus aux ruses de la politique au débat, constitueront le personnel politique de demain à leur sortie de prison.
Au fil des entretiens, ce documentaire met en lumière le rôle extraordinaire joué par la prison dans l'inculcation d'une culture démocratique aux résistants palestiniens. Le documentaire se termine avec les prisonniers du Hamas fêtant la victoire inattendue de leur parti aux législatives du 20 Janvier 2006, et à l'autocritique à laquelle se livrent les militants du Fatah.

Ikbel ZALILA

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   liens films

Bil'in mon amour (Bil'in Habibti) 2006
Shai Carmeli-Pollak

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Route 181 fragments d'un voyage en Palestine-Israël 2002
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