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rédacteur
Jean-Marie Mollo Olinga
publié le
20/08/2007
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Un souci de description
Indigènes, de Rachid Bouchareb

Le dernier film de Rachid Bouchareb dont les premiers rôles (Roschdy Zem, Messaoud ; Jamel Debbouze, Saïd ; Samy Naceri, Yacir ; et Sami Bouajila, Abdelkader) ont collectivement obtenu la récompense de Meilleurs acteurs masculins au festival de Cannes en 2006, est une recomposition d'un passé dont l'emprise déteint sur le présent. Ce passé peut se résumer en un seul mot : fourberie.

Cette ruse basse et odieuse, jointe au mensonge (définition de Larousse), présente du début à la fin de Indigènes, a pendant longtemps sous-tendu les relations entre la France et ses (ex) colonies. Bouchareb en rend compte, au travers de l'intrigue de son film, mais davantage en usant d'éléments techniques relatifs à la narration. Pour ce faire, il convoque des figures de style appropriées pour décrire du mieux possible l'ambiance dans laquelle vivaient des compagnons d'armes de la Deuxième Guerre mondiale venant de France et d'Algérie.

Les plans d'abord…

Le film de Rachid Bouchareb est très peu intimiste. Les gros plans et les très gros plans y sont donc rares. Par contre, Indigènes offre régulièrement des visions globales du décor, des paysages ou des troupes sur le champ de bataille. Bouchareb crée ainsi un cadre descriptif synthétique (exemple : lorsque les troupes gravissent des collines sur le front italien, observées par les jumelles d'un général français esquissant un sourire de satisfaction devant leur témérité), qu'il ne se gêne pas de resserrer, pour concentrer l'attention du spectateur sur sa "bande des quatre", les situant par le fait même dans ce milieu où "les balles allemandes ne font pas de différence". Contrairement donc à la plupart des cinéastes qui travaillent en plan large, plan moyen, plan serré, Rachid, lui, travaille ici en plan d'ensemble, de demi-ensemble, et en plan moyen. Pour soutenir ces "moments d'images", Bouchareb fait intervenir différents types de montage participant eux aussi de la description de cette hypocrisie.

Le montage ensuite…

Il est essentiellement narratif. Indigènes n'est-il pas une succession de plans longs ? Le film est grave, pesant. C'est un film de guerre. Qui est monté de manière à lui conférer la tension qui sied à ce genre cinématographique. L'action ici est une suite ordonnée d'images exposées selon un ordre logique et chronologique. On passe ainsi allègrement du recrutement (en Algérie et au Maroc en 1943) de jeunes gens enthousiastes venus "du fond de la misère" et soucieux d'aller "libérer la France de l'occupation", avec pour espoir, au bout, d'améliorer leur quotidien et celui de leurs parents. Après l'Afrique du Nord, c'est le front italien. Puis la première victoire française de cette guerre. Grâce à la bravoure de cette "chair à canon" venue d'Afrique.

De narratif, le montage de Indigènes devient fatalement idéologique. Les plans du film sont longs, certes, mais ils sont aussi rapprochés de manière à amener le spectateur à rejoindre le point de vue du réalisateur. Ces tirailleurs africains ont subi des injustices. Pendant et après la guerre. Il faut absolument les dénoncer et les réparer : "Mes hommes méritent autant que moi", dit le sergent chef Martinez, un pied-noir. Il leur est promis des permissions qu'ils n'obtiennent pas, mais qui sont troquées contre des places d'un spectacle dans lequel ils ne se retrouvent pas ; ils n'ont pas le droit à l'amour des Françaises, alors que celles-ci les aiment quand même ; on leur a dit que "l'armée c'est l'égalité", sauf devant les repas où les Français ont, par exemple, droit aux tomates, et non les "bougnoules" ; etc., etc. Cet aspect formel du film attire inéluctablement l'attention quant au fond.

Les genres enfin

Indigènes est un film de genres. On peut en dénombrer au moins quatre. Le montage idéologique dont la finalité est de souscrire au point de vue de Bouchareb en fait un film politique (tout film, dit-on, ne l'est-il pas d'ailleurs ?). De façon très efficace, le réalisateur amène à une certaine prise de conscience quant aux injustices subies par les tirailleurs. A la suite de la diffusion du film en France, le pouvoir politique n'a-t-il pas pris sur lui de reconsidérer sa position quant au gel de leurs pensions ?

Indigènes apparaît donc (aussi) comme un film militant, car s'inscrivant dans une lutte à caractère socio-politique et même idéologique. Du fait qu'il rend compte d'une situation injuste devant être dénoncée ouvertement, il épouse les contours d'un film d'intervention sociale, car se prévalant d'un engagement contestataire.

Indigènes est un film de guerre. Cela est évident. Il s'agit pour ces paysans "très peu entraînés" et analphabètes d'aller "changer le destin de la France". "Vous êtes des soldats qui libèrent leur patrie", leur fait-on croire. Mais, finalement, "que diantre sont-ils allés chercher dans cette galère ?"

Indigènes est enfin un film historique. Il se déroule dans un passé recomposé. En le faisant ainsi resurgir, Rachid Bouchareb présente en même temps le présent de cette époque reculée. Et si le réalisateur a choisi de baptiser le survivant de cette douloureuse épreuve Abdelkader, ce n'est pas du tout par hasard. Abdelkader est cet émir arabe ayant combattu les Français dans les années 1800, et dont les restes ont été transférés en Algérie en 1966. S'il est l'un des rares survivants de cette guerre, c'est à coup sûr pour continuer le combat sur un autre front (il mérite les mêmes droits que ses compagnons d'hier), contre celle qu'il a servie (la France). Abdelkader apparaît alors comme le poids sur la conscience de ceux à qui il ne peut même plus parler. "Je voudrais parler au colonel… Je voudrais parler au colonel… Je voudrais parler au colonel…". Vaine tentative ! La solitude dans laquelle il se retrouve confiné n'est-elle pas assimilable à celle de ces héros vivant anonymement au milieu d'une foule indifférente qui lui doit pourtant presque tout ?

Jean-Marie MOLLO OLINGA, Cameroun

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