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rédacteur
Jean-Marie Mollo Olinga
publié le
15/01/2008
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Entre mondialisation et manipulation
Le cauchemar de Darwin, Hubert Sauper (Autriche)

Le titre d'une œuvre apparaît, la plupart du temps, comme l'orientation que l'auteur propose ou impose au destinataire de son œuvre. Quant à l'affiche d'un film, elle synthétise souvent le sujet qui y est développé, en même temps qu'elle présente une opinion, entre autres. Dans le cas du Cauchemar de Darwin, Hubert Sauper, le réalisateur de ce documentaire, opère par mystification, pour faire croire à un film sur un prédateur ayant anéanti la chaîne écologique du lac Victoria, la Perche du Nil. "Après des milliers d'années d'évolution, 210 espèces de cichlidés ont disparu. Les cichlidés qui se nourrissent d'algues jouaient un rôle vital dans le maintien de la vitalité du lac. Le cannibalisme de la Perche risque de contrarier les plans du commerce de la pêche. La Perche élimine tout espoir pour l'avenir", peut-on entendre substantiellement dans le film.

Le Cauchemar de Darwin a pour centre d'intérêt la vie autour d'un lac : le lac Victoria. Dans les années 50 - 60, en Tanzanie, la Perche du Nil (improprement appelée Capitaine) est introduite dans le lac Victoria par des Européens (soit pour la pêche sportive, soit pour un projet de l'Ocde - l'histoire est imprécise là-dessus). Cannibale, cette Perche a décimé toutes les autres espèces qui y vivaient, notamment les cichlidés, appelés couramment Tilapias, et dont les captures ont diminué en une quarantaine d'années de 99% à 1%. De cette catastrophe écologique naît un commerce caractérisé par les filets de chair blanche de cet énorme poisson qui s'envolent vers l'Europe à travers de gros porteurs russes. En échange, ceux-ci déversent d'importantes quantités d'armes sur le petit aéroport de Mwanza, alimentant ainsi de multiples conflits en Afrique orientale. D'où l'affiche du film, au centre de laquelle, le fameux poisson, après avoir perdu sa chair, voit son arête transformée en kalachnikov. Ce sur quoi ne s'étend paradoxalement pas le documentaire. Hubert Sauper aurait-il manqué de moyens pour creuser ce sujet ?

Manifestement, sa caméra tournait autour de la question du modèle de développement de ces populations croupissant dans la misère, et n'ayant rien d'autre à apporter au rendez-vous mondial du donner et du recevoir que leur exploitation. "Qui prend ? Qui reste les mains vides ? C'est la loi de la jungle", peut-on aussi entendre dans le film. En posant ainsi le problème de cet ordre mondial, symbolisé par la Perche du Nil, où la loi du plus fort est toujours la meilleure, Hubert Sauper ne manipule-t-il pas insidieusement les opinions publiques acquises à ce réflexe d'un développement endogène saupoudré d'apports extérieurs ?

En réalité, le film de cet Autrichien, qui s'est fait connaître par son court métrage Kisangani Diary, se situe dans la même logique que celui-ci. Kisangani Diary s'était lancé à la recherche d'une centaine de réfugiés rwandais errant dans la forêt, affamés, malades, fatigués et oubliés. C'était le premier cauchemar de Sauper. Dans le second, qui nous intéresse, ne montre-t-il pas - dans le sens de monstration - le misérabilisme d'une Afrique broyée par la prostitution, le sida, la drogue et les enfants de la rue sniffant de la colle, la famine (on engage des bagarres pour un bol de riz) ? Et ces carcasses de poissons que des humains, dans une puanteur et une saleté extrêmes, se disputent aux asticots, aux mouches et aux oiseaux ?
Sauper a décidé de capter le réel du quotidien de ces Africains. Peut-on alors être factuel et objectif en même temps ? Son film, en tout cas, pèche par les nombreux stigmates du cinéma colonial qu'il colporte. La représentation de "sa" vérité est par trop caricaturale.

Jean-Marie Mollo Olinga

Article paru dans LE JOUR (Yaoundé).

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