actuellement 18133 films recensés, 3152 textes recherche | » english  
films réalisateurs acteurs producteurs distributeurs festivals agenda pays espace personnel  
  critiques»
  dossiers»
  analyses»
  entretiens»
  comptes rendus de festivals»
  reportages»
  documents»
  ateliers»
  Zooms»
  rédacteurs»
  écrans d'afrique»
  Asaru»
  lettre d'info
  inscription»
  desinscription»
  archives »
  liens»
  dépêches »
  nouvelles de
la fédération»
  la fédération»
  contacts»
  partenaires»
  accueil»




 
    
rédacteur
Jean-Marie Mollo Olinga
publié le
09/07/2008
films, artistes, structures ou événements liés à cet entretien
les commentaires liés à cet entretien

Daniel KAMWA


Totor, 1993


Pousse-Pousse, 1975


Le cercle des pouvoirs, 1997


Jean-Marie MOLLO OLINGA

retour
 
Entretien de Jean-Marie Mollo-Olinga avec Daniel Kamwa au sujet de Mâh Saah-Sah
Daniel Kamwa : "Nous devons avoir des films exportables"
Après la sortie en avant-première nationale de son film au Cameroun, le réalisateur de Mâh Saah-Sah s'est étendu sur son sujet.

Que signifie "Mâh Saah-Sah", et qu'est-ce qui vous a inspiré ce film ?

Au début, je voulais faire facile, racoleur. Le film s'intitulait alors Bamoun Love. Mais, je me suis dit que ce titre pouvait induire les gens en erreur. De plus, il était réducteur. Finalement, le film est devenu une histoire originale, dans le sens où s'entend un scénario original basé sur un aspect de la culture bamoune : la danse de séduction. Celle-ci était l'occasion pour les jeunes gens de se révéler aux parents et aux autres habitants du village. Ils révélaient, par le fait même, leur penchant pour les uns ou pour les unes. Chez les Bororos, c'est une épreuve d'endurance et de séduction des jeunes filles. On fouette les garçons, parfois jusqu'au sang, pour éprouver leur capacité d'endurance. C'est ainsi que les jeunes filles jaugent leur sentiment. A partir de cette danse, j'ai voulu bâtir une histoire.
Il y a aussi le problème de la circoncision : à quel point être circoncis est un élément de fierté ? Ce qui rejoint la question de l'endurance, car, avant, la circoncision se pratiquait sans anesthésie. Elle comportait une fonction hygiénique, et il y avait autour d'elle une éducation sexuelle, entre guillemets, réservée aux jeunes gens âgés de 7 à 12 ans. L'enfant devait être conscient, et on lui expliquait pourquoi on le circoncisait, contrairement à nos jours, où les enfants croient qu'ils sont nés ainsi, parce qu'ils sont circoncis à la naissance. Je voulais donc faire un clin d'œil à cet aspect de notre culture. Et on ne pouvait prendre part à la danse de séduction que si on était circoncis. C'était un rituel sur lequel je renseigne. Mais il faut noter que le député arrive à la mairie, sans passer par la danse de séduction.
Quant à "Mâh Saah-Sah", c'est le nom d'un village non loin de Foumban. Cependant, selon l'intonation, cela peut vouloir dire "je ne discute pas", ou bien, "ne discute pas". Et comme cela correspond à des moments clés du film, c'est à rapprocher de l'autorité du beau-père.

Le film est doublé, cela ne le dénature-t-il pas ?

J'ai visé le marché international. La version originale du film est en bamoun. Je n'ai pas voulu folkloriser le langage, c'est la raison pour laquelle j'ai opté pour le standard international de la sphère francophone. J'ai également opté pour l'efficacité, la langue étant un vecteur de message, qui porte une satisfaction émotionnelle. Nous devons avoir dans notre cinéma des films exportables. Et la manière de traiter le sujet s'appuie sur un levier culturel, car les gens s'identifient à leurs films. J'essaie de communiquer, en partant d'un sujet local, pour atteindre un public plus large. Nous sommes dans un même pays, mais nous sommes diversifiés.

Est-ce pourquoi on parle beaucoup dans Mâh Saah-Sah ?

Dans ce film, j'apporte des informations par bribes. Les dialogues complètent ce que montrent les images, et ceci dans les deux sens. On sort du public africain. L'histoire de la circoncision n'est pas universelle, et l'image ne peut pas toujours tout dire. Dans les séries et les films américains, il n'y a pas une minute sans dialogue. Ils sont trois ou quatre fois plus bavards que nous. Les Occidentaux disent que nous sommes bavards parce qu'ils ne comprennent pas ce que nous disons. Alors, pour eux, incompréhension égale inutilité.
Entre les deux personnages de Ntchare et Mapon, il y a un besoin de préciser les choses. Et le garçon éprouve le besoin de s'expliquer face à la fille. Chaque fois, il y a, forcément, à l'appui ou en complément de l'image, des dialogues, parce que les niveaux de compréhension ne sont pas souvent les mêmes.

Vous insistez beaucoup sur les détails, en utilisant des plans descriptifs…

C'est parce qu'ils sont descriptifs qu'il y a aussi abondance de dialogues. C'est une comédie sentimentale, mais dans laquelle il n'y a pas de scène intime, parce que cela ne fait pas partie de notre culture. A aucun moment, les deux amoureux ne s'embrassent. Il suffit, par exemple, d'un sourire devant le buste représentant la fiancée, pour qu'ils renseignent sur leur amour. La gestuelle, ici, est donc importante.
Cependant, je mets surtout en parallèle la tradition et la modernité, non pas pour les opposer, mais pour montrer leurs frictions. Nous vivons modernes, mais nos référents sont traditionnels. De plus, nous n'avons pas les moyens matériels de vivre notre modernité. Exemple : le père de Mapon, la fiancée, est sincère à tout moment, même s'il trahit sa parole. Il est confronté à un réel problème, la problématique de l'amour face à l'argent. Moi, je voulais faire gagner l'amour, mais, est-ce que cela suffit ? Le garçon, Ntchare, n'est pas un fainéant. On voit bien qu'il ne laissera jamais tomber ni sa femme, ni sa belle-famille… Le public peut être partagé là-dessus, et j'ai pesé le pour et le contre. Rien n'est laissé au hasard, même au niveau des angles de prise de vues. J'ai, à dessein, choisi l'axe, la taille et la durée des plans. Et c'est là que l'image prime. Je dis des choses sensibles, sans insistance.

Thématiquement et techniquement, on retrouve un peu de vos anciens films dans Mâh Saah-Sah, est-ce une influence de François Truffaut ou un hasard ?

Je me suis permis de me citer moi-même, en ce sens que je fais des rappels de moments clés de mes anciens films. Entre Pousse-Pousse et Mâh Saah-Sah, il y a 33 ans ; entre Totor et Mâh Saah-Sah, il y a 14 ans. Quelque part, je cite aussi Les cercles du pouvoir, et dans une moindre mesure, Notre fille. Si c'est toujours très bref, c'est pour dire que dans tel ou tel film, j'ai abordé tel ou tel thème : où en est-il aujourd'hui ? Sous une forme différente, la notion de dot existe toujours, et a même épousé des aspects mercantiles, beaucoup plus que du temps de Pousse-Pousse.
Par ailleurs, dans toutes les cultures, les oiseaux sont des messagers. Dans la mythologie, ils indiquent le chemin. Peut-être que le chemin est contenu dans le message de Totor. La circoncision y est utilisée, alors que dans Mâh Saah-Sah, c'est juste un rappel. C'est pourquoi je parle de citation.
Influence de Truffaut ? Peut-être inconsciemment. Il y a des choses qui vous influencent à votre insu. D'autres ont vu l'influence de Renoir dans certains de mes films. Sans se copier, il faut se tenir au courant de ce que font les uns et les autres, pour s'interroger. Est-ce qu'ils ont évolué ? Est-ce que, par rapport à eux, j'ai un manque ? Truffaut ? Puisque c'est un rapprochement positif, pourquoi pas ?

Entretien mené par
Jean-Marie Mollo Olinga

haut de page


   liens films

Cercle des pouvoirs (Le) 1997
Daniel Kamwa, Jules Takam

Ma Sâsâ (Mâh Saah-sah) 2008
Daniel Kamwa

Pousse pousse 1975
Daniel Kamwa

Totor 1993
Daniel Kamwa


   liens artistes

Kamwa Daniel


Renoir Jean


   liens structures

DK7 Communications
France | PARIS

haut de page



   vos commentaires
vos commentaires sur cet entretien :
   
 
  ajouter un commentaire
   

haut de page

 

 

 

 

?>