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rédacteur
Baba Diop
publié le
15/07/2008
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Fatou KANDÉ SENGHOR


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Diola Tigi, de Fatou Kandé Senghor
Un syncrétisme étonnant

Elle est fille de la télé, du Hip hop, du Techno, de la vidéo clip, du numérique. Cette appartenance à une génération speedée, Fatou Kandé Senghor ne la revendique pas. Elle l'exprime à travers sa sensibilité d'artiste. Elle a conscience que l'arrivée dans le septième art nécessite une immersion dans les autres formes de création : photos, art plastique, musique ou autres… Que l'on ne peut créer qu'avec les outils de son temps et l'esprit de son époque, si l'on veut être en phase. Ce qui explique le recours au numérique.

Si son dernier documentaire Diola Tigi avait été réalisé dans les années 40 -50, on l'aurait classé au rayon des films ethnographiques du moins dans sa forme. Or Diola Tigi ne s'inscrit pas dans cette veine. Il ne désosse pas le système clanique diola. Il n'a pas une prétention scientifique, soubassement des films ethnographiques. Le film dit ce qui fait la fierté du diola, son encrage aux valeurs qui fondent sa civilisation. Le regard ici n'est pas celui d'un œil extérieur venu disséquer une culture, une pratique sociétale qu'est le "Bukut", cérémonie d'initiation. C'est un regard intérieur qui s'appuie sur un questionnement : "Qu'est ce qu'un Diola ?" avant même que de pénétrer dans le terroir.

Fatou Kandé Senghor fait partie de ces jeunes réalisateurs pétris de vidéo clips qui connaissent très bien l'impact d'une musique sur les images. À l'entame du film, la bande son affiche cette option qui fait que c'est la musique qui donne sens à l'image. Diola Tigi commence par un bing bang. Une sorte d'apocalypse annonciatrice d'un changement, d'une mutation, d'un monde nouveau dont la tradition devra s'accommoder pour maintenir sa survie. Bruit de mortier, nuage de fumée. Une auréole parcourt le ciel. Sur terre, c'est la transe. On aurait dit un grondement qui mue en une fête en couleur. La question posée est simple et les réponses font de la personnalité Diola, une personnalité à strate multiple. Le Diola serait selon les personnes interrogées : " mystère, fier, libre, nègre robuste au tempérament impulsif, mélange de Balante, de Baynouk, de Manding, un travailleur, un charitable et un guerrier qui n'aime pas être offensé dans sa culture". Un être pour qui la terre est la valeur la plus sure et la rizière, le bien le plus précieux. Le mythe fondateur raconté par un des personnages met en scène deux sœurs qui se seraient perdues en pirogue. L'une se retrouva dans le Saloum et donna naissance à l'ethnie Sérère et l'autre à Niamoun pour être l'ancêtre des Diolas.

Ce voyage à l'intérieur de la société diola a pour cadre le village Baïla où se déroule tous les trente ans la cérémonie d'initiation : le Bukut, une immersion dans le bois sacré, un rempart culturel et cultuel qui permet au diola de résister. Une fête à laquelle sont conviés gris-gris, boissons euphorisantes, libation, brimades, compétition d'invulnérabilité avec des couteaux et des machettes. Aucune trace de sang mais des actes spectaculaires. Des accidents surviennent, le film le dit mais ne le montre pas. À la sortie du bois sacré, il s'opère une métamorphose ce n'est plus le même fils qu'on avait accompagné dans les préparatifs. C'est la fin de l'insouciance pour les initiés qui rejoignent la classe des adultes donc des personnes responsables.

Diola Tigi mélange le sacré et le profane, la danse à l'initiation, la téléphonie mobile et la communion avec l'esprit des ancêtres, la musique du terroir rythmée par des hochets et la musique techno, l'animisme et l'islam. Le syncrétisme est étonnant. Diola Tigi ne fait pas que dans la défense et l'illustration d'une culture. Il montre le décalage qui commence à se manifester entre la pratique du "Bukut " et la vie moderne. L'école formate désormais le jeune diola, le temps de séjour dans le bois sacré qui dans les années 40 nécessitait quelque six mois est réduit à quinze jours. La circoncision se pratique désormais à l'hôpital sous anesthésie et non plus ou peu dan le bois sacré. La téléphonie mobile remplace la corne et le langage tambouriné. Le hip hop, la musique antillaise, congolaise attirent les jeunes plus que les rythmes du terroir. Un monde nouveau se dessine d'où le bing bang du début du film. Désormais il est clair comme le dit l'un des personnage que : " Le nouvel homme du siècle ne veut pas être un diola Tigi appartenant à une société, à un groupe social mais il veut exister au sein d'une communauté universelle. Le bukut doit prendre à son compte cette nouvelle sonne". Le documentaire de Fatou Kandé Sengor est aussi une métaphore qui dit qu'une nouvelle conception esthétique et narrative arrive avec le numérique que le septième art sénégalais se ferait fort de s'en s'accommoder sous peine d'être englouti.

Baba Diop

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