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rédacteur
Seltana Hamadouche
publié le
25/01/2010
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Merzak Allouache


Omar Gatlato, 1976


Bab el oued City


Bab el oued City


Bab el oued City


Bab el oued City


Bab el oued City


Bab el oued City


Bab el oued City


Bab el oued City, affiche allemande

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Bab El Oued City de Merzak Allouache
La montée de l'intégrisme en Algérie
Bab El Oued City a reçu le prix de la critique internationale de Cannes 1994. Le titre du film provient d'un quartier très populaire d'Alger, le quartier de Bab El Oued.
Ce film est le premier long métrage de Allouache en tant que cinéaste indépendant ; ses autres films furent produits dans le cadre de l'Office Nationale du Commerce et de l'industrie Cinématographique (ONCIC). On ne s'étonnera pas qu'Allouache a dit être plus libre en tant que cinéaste indépendant.

Contexte du film

L'action se déroule en 1989 juste après les événements d'octobre 1988 qui ont ensanglanté le pays. Boualem, un jeune de quartier de Bab El Oued, travaille la nuit dans une boulangerie et dort le jour. Mais, la voix amplifiée de l'Imam l'empêche de se reposer. Dans un accès de colère, il arrache le haut-parleur placé sur la terrasse de son immeuble et le jette à la mer. Un groupe de jeunes islamistes, mené par Saïd, se met alors à sa recherche afin d'infliger une correction à celui qui a osé "arrêter la parole de Dieu".

Contexte de production

Merzak Allouache est un cinéaste et scénariste né en Algérie en 1944. Il commence ses études de cinéma à l'INC d'Alger et les finit à l'IDHEC de Paris. Il acquiert une renommée avec son premier long métrage Omar Gatlato (1976).
En Octobre 1988, l'Algérie est secouée par une spirale de violences et de confrontations opposant le peuple et le parti unique (le FLN). Merzak Allouache saisit en caméra vidéo les évènements qui déchirent le pays. Il va à la rencontre des jeunes révoltés, recueille des témoignages sur la torture, interviewe des militants politiques et rencontre des représentants des mouvements féministes.
En 1993, le terrorisme est à son comble à Alger. Bravant le danger et l'insécurité qui régnaient dans les quartiers de la capitale, M. Allouache tourne Bab El Oued City, une coproduction algéro-française. Cependant, bien que l'action ait lieu à Bab El Oued, Allouache a été contraint de finir le tournage de son film en Kabylie à cause de la violence et de la menace terroriste dont il fut l'objet. C'est ainsi qu'il n'a pu tourner ouvertement que quelques scènes, alors que d'autres scènes de Bab El Oued sont tournées en caméra cachée. En outre, il a rencontré beaucoup de difficultés pendant le casting, puis le tournage : des défections au niveau des acteurs et des techniciens. En effet, plusieurs comédiens se sont désistés, dont quatre pour le rôle de l'Imam, alors que l'équipe de tournage franco-algérienne n'était composée que d'une dizaine de personnes.
De plus, le projet de film a failli être abandonné suite à l'assassinat de Tahar Djaout, journaliste, écrivain et poète, ami de Allouache, par les islamistes au cours du tournage du film.
Ce film a aussi une autre particularité. De peur que son scénario ne se retrouve entre "de mauvaises mains" (des fondamentalistes probablement), Allouache pris la décision de ne pas le montrer dès le départ. Il n'a donc travaillé qu'avec des acteurs qui ont accepté de lire le scénario au fur et à mesure du tournage.
Ces difficultés sont dues au fait qu'au moment du tournage du film, qui porte sur la montée de la violence, cette dernière était déjà là. Tout est arrivé très vite. Allouache se dit d'ailleurs être frustré de ne pas avoir pu, étant donné les circonstances, enrichir son film.

La thématique du film

Le film traite de la montée de l'intégrisme en Algérie qui fait suite à l'institution de multipartisme en 1989 en Algérie et à la reconnaissance du FIS (Front Islamique du Salut) comme parti politique. Les années qui ont suivi (1989-93) sont une période marquée par des actes d'intolérance où l'islamisme est présent dans les moquées.
Le parti pris de la mise en scène est la mobilité de l'image : mouvements de l'appareil, entrées et sorties dans le champ des acteurs…. Quant aux gros plans sur le personnage principal du film, Saïd, ils mettent en exergue son âpreté et son agressivité.
Par la suite, le film multiplie les références aux discours et pratiques intégristes servis par les islamistes radicaux ainsi que par les membres et sympathisants du FIS (dissous depuis). Ainsi, Saïd, dans sa pratique de prosélytisme, tentera de convaincre quelques jeunes chômeurs de changer de style musical, en leur offrant des cassettes de versets coraniques qu'il vient de recevoir de Syrie.

Construction du film

La construction du film repose sur un principe de répétition : de nombreuses scènes se répètent et reprennent les mêmes angles de prise de vue. Cette répétition permet de montrer la persévérance de Saïd et sa volonté de "nettoyer le quartier de l'immoralité qui commence à faire son apparition dans le quartier", selon les termes qui sont prêtés à ce personnage. Les scènes de rue où on voit Said avec ses acolytes sont toutes presque identiques ; les mêmes cadrages sont employés.

Les gestes de Saïd (s'habiller, se maquiller, rejoindre son groupe), ainsi que ceux de sa sœur et de sa mère, qui s'affairent aux mêmes tâches ménagères tous les jours, montrent non l'évolution des personnages, mais leur stagnation et leur enfermement dans un quotidien morose. C'est comme si rien ne changeait. Ce sont d'ailleurs tous les personnages qui parcourent toujours les mêmes chemins : ils vont au cimetière, à la mosquée : Boualem va chez le boulanger du quartier pour y travailler et Saïd pour l'y menacer. Le film est aussi construit sur une dualité : l'opposition entre le style de vie de Saïd et ses acolytes et celui de Boualem avec ses amis qui boivent, fument, vont à la plage….

Il y a également opposition entre la (sur)vie et la mort, bien que ce soit de manière symbolique. Ourdia, amie de Boualem, s'enferme dans le noir et ne sort jamais de peur des représailles des islamistes. Elle se dit "être morte" quand l'homme qu'elle aimait a trouvé la mort au cours d'une manifestation. Elle s'abandonne à la mort et au désespoir, et noie son chagrin dans l'alcool. Elle y cherche apaisement et consolation de cette blessure à jamais ouverte. Elle vit résignée dans un perpétuel deuil et ne souhaite pas déménager vers un autre lieu, plus calme, bien qu'elle en ait les moyens financiers. Boualem, en revanche, malgré les menaces répétées contre lui et son agression par le groupe d'islamistes, s'accroche à ses convictions ; il choisit la résistance, et par extension la "vie".

La dualité entre les deux personnages principaux, qui incarne chacun une idéologie politique radicalement opposée, est présente tout au long du film. Saïd et Boualem s'affrontent pendant tout le film, même dans la mosquée où leurs regards se croisent. On peut y lire toute la haine qu'ils nourrissent l'un pour l'autre, ce qui est en contradiction avec le discours de l'Imam. Ce dernier appelle au pardon, à la tolérance et à la réconciliation et avertit également des conséquences désastreuses dans le cas où les conflits persisteraient entre les factions.

On notera également une contradiction entre la montée de l'intégrisme en Algérie et l'arrivée des pieds-noirs à la fin des années 1980 qui viennent pour revoir l'Algérie de leur enfance.
Cette contradiction est montrée à travers Paulo et sa tante. Paulo sert de guide et fait visiter Alger à sa tante aveugle. Ces deux pieds-noirs ont quitté l'Algérie au cours des années 1970. Sur une terrasse, on y voit des vieux immeubles délabrés et surplombés de paraboles. La description de Paulo est tout autre : "admire le panorama. Si tu voyais le spectacle tata. C'est exactement comme avant. Les immeubles sont d'une blancheur immaculée".

Puis, devant une plage désertée où s'entassent les déchets, Paulo s'écrit : "si tu voyais tous ces parasols multicolores, puis ces pédalo…. Tout est nickel…. C'est exactement comme avant. Et de l'autre côté, ils ont construit un grand complexe touristique, une espèce de Miami Beach …"
Le retour de ces deux pieds-noirs ainsi que la description de Paulo d'Alger est en opposition avec le chaos qui règne à Bab El Oued, aux actes d'intolérances et au discours de l'Imam s'adressant à Saïd et à son groupe d'islamistes, dans la séquence suivante : "il n'y a plus de paix ni aucune tolérance à Bab El Oued. De ce fait, j'ai décidé de quitter ce quartier pour que mon départ soit un avertissement. Sachez que vous êtes responsables de vos actes et si vous y persistez [dans vos intimidations] vous atteindrez un point de non retour …"

Les personnages pieds-noirs renvoient aussi à ces Algériens en marge de la société qui continuent "naïvement" de vivre dans une Algérie qui n'existe que dans leur tête et refusent de voir que l'Algérie a changé. Ils sont un peu comme cette pied-noir aveugle qui croit tout ce que son neveu lui raconte.

L'âpreté du film est intensifié par la voix off de Yamina qui s'adresse à Boualem, l'homme qu'elle aime et qui a quitté le pays : "Bab El Oued a beaucoup changé" "On vit dans la peur, la mort est devenue quotidienne"…


Conclusion

Dans Bab El Oued City, Allouache met en premier plan les islamistes radicaux personnifiés par Saïd. C'est ainsi que, dans ce film, la caméra suivra tous les faits et gestes de Saïd qui est filmé sous tous les angles. Avec son groupe d'islamistes, il est filmé en moyens et gros plans, rarement en plongée ou en travelling. Cela peut s'expliquer par le fait que Allouache tente d'expliquer la montée de l'intégrisme en Algérie à la fin des années 1980.
En somme, dans Bab El Oued City rien n'est suggéré, tout est montré. La représentation de la guerre civile algérienne est âpre, l'atmosphère tendue et la vie a laissé place à la peur, la terreur et la mort. Le personnage principal, Saïd, introduit la menace dans la cité. La mosquée, jusque-là havre de paix et de sérénité, fait irruption comme acteur politique, alors que Bab El Oued devient le siège de la contestation fondamentaliste. On peut dire que ce film est un témoignage sur la montée de la violence en Algérie au début des années 1990. Il est aussi annonciateur de la profondeur d'une tragédie qui perdure encore de nos jours.

Seltana Hamadouche

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