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rédacteur
Azzedine Mabrouki
publié le
12/05/2010
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Affiche du 63e Festival de Cannes, réalisée par Annick Durban d'après une photographie de Juliette Binoche par Brigitte Lacombe


Cate Blanchette


Rachid Bouchareb, réalisateur de Hors la loi, 2010


L'acteur Youssouf Djaoro (Adam) dans Un Homme qui crie de Mahamat-Saleh Haroun, 2010


Youssouf Djaoro dans Un Homme qui crie, Tchad


Youssouf Djaoro dans Un Homme qui crie, Tchad


Le cinéaste Mahamat-Saleh Haroun sur le tournage de Un Homme qui crie n'est pas un ours qui danse


Youssouf Djaoro (Adam) dans Un Homme qui crie de Mahamat-Saleh Haroun, 2010


Un Homme qui crie


Hors la loi




Copie conforme


Copie conforme


Copie conforme


Abbas KIAROSTAMI, réalisateur de Copie conforme








Film Socialisme


Nadège Beausson-Diagne, actrice dans Film Socialisme

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Ouverture du 63° Festival de Cannes (12-23 Mai)
Cent films en même temps
Coup d'envoi du 63° Festival de Cannes, après le déluge qui a provoqué d'énormes dégâts sur la Croisette, avec un film américain Robin des Bois (Robin Hood), de Ridley Scott, une nouvelle adaptation du roman classique de Walter Scott. Les héros étaient jadis joués par Errol Flynn et Douglas Fairbanks. C'est maintenant au tour de Russel Crowe avec à ses côtés la belle Cate Blanchett.

Une histoire qui fait plaisir aux adolescents, un coup de bravoure, de tendresse, d'exploits et de tourments en costumes d'époque.
Le programme de Cannes 2010 s'annonce plutôt bien. Sous peine de rater les quelques 20 films en compétition et bien d'autres encore, il faut se lever aux aurores, foncer sur la Croisette et défendre ardemment sa place dans le grand théâtre Lumière parmi les 4000 journalistes accrédités venus du monde entier qui vont rouler leurs épaules et courir derrière les images de l'aube à minuit. Si on compte la sélection officielle, les sections parallèles, le marché du film, les stocks de bobines dans les cabines de projection, peut-être cent films sortent en même temps au festival de Cannes à tout instant.

C'est une chose de vouloir découvrir les oeuvres de Ridley Scott, Takeshi Kitano, Rachid Bouchareb, Abbas Kiarostami. C'en est une autre de guetter le surprenant retour de Jean- Luc Godard sur la Croisette avec un long métrage intitulé Film Socialisme [avec l'actrice Franco-Sénégalaise Nadège Beausson-Diagne, Ndlr], section Un Certain Regard. Dans Film Socialisme, Godard a aligné la chanteuse américaine Patti Smith, le grand philosophe français Alain Badiou et l'Ambassadeur de Palestine à l'Unesco Elias Sanbar, ami proche du cinéaste. Autant de prestigieux mais inattendus porteurs du texte souvent emprunté dans plusieurs livres par le cinéaste suisse. Godard (80 ans) n'a pas perdu son souffle.
On sait ses liens étroits avec les Palestiniens, avec Mahmoud Darwich, Leila Shahid et Elias Sanbar. En 1969, Godard a fait un film sur la Résistance palestinienne : Ici et Ailleurs (montré à la Cinémathèque d'Alger).

Comme elle le fait souvent, la sélection officielle ouvre une fenêtre sur l'Histoire, l'Italie de Mussolini, les guerres d'Asie, Che Guevara ou le Chili du Président Allende. D'où la grande attente cette année pour le film programmé le 21 Mai : Hors la Loi de Rachid Bouchareb, en partie sur la tragédie de Mai 45 à Sétif, présenté ici sous les couleurs algériennes. Et à ce propos, une tentative sordide d'un ramassis d'individus aux postures douteuses et planqués dans l'extrême-droite française ainsi qu'à l'UMP, le parti de Sarkozy, menace de créer des débordements le jour de la présentation du film. Saisis de miasmes racistes, manquant de dignité, infortunés nostalgiques de la crasse et de l'horreur de l'Algérie coloniale, ils ont cherché à interdire totalement Hors la Loi. La réaction du Festival de Cannes est de dire : les chiens aboient, la caravane passe. Cette agitation nauséeuse autour du film algérien rappelle la fable de La Fontaine : le lion et les chasseurs. D'habitude ce sont les chasseurs qui donnent leur version de la chasse. Cette fois-ci, c'est le lion ! Et c'est ça qui gêne tous les éclopés de l'Algérie "française".
C'est une certitude : le film de Rachid Bouchareb ne passera pas inaperçu, il y a toute cette publicité autour, comme la fois où une bande de crétins ultra réactionnaires voulaient censurer La Bataille d'Alger de Gilles Pontecorvo, La Religieuse (de Diderot) filmée par Jacques Rivette ou La Tentation du Christ de Martin Scorsese. Sans oublier L'Âge d'Or de Luis Buñuel.

En France, heureusement, l'extrême- droite n'est pas la seule à s'exprimer sur le film de Rachid Bouchareb. Frédéric Mitterrand, le Ministre de la Culture, a défendu très fermement l'œuvre. Et Thierry Frémaux, le Délégué Général du Festival de Cannes, a dit ceci :" L'art ne se résume pas à échanger des mots d'amour. Il contribue aussi à visiter la grande et la petite histoire. Cannes est là pour servir le cinéma et accueillir les débats qui vont avec. Nul ne laissera le Festival de Cannes être troublé outre mesure par une controverse excessive". Au Conseil municipal de Cannes, la voix d'André Crapiz, chef de file socialiste, a été aussi entendue :" Attention aux dérives extrémistes. Qu'il y ait un débat après la projection de Hors La Loi, ça fait partie de notre démocratie. L'Algérie n'est pas un pays ennemi, mais un pays frère." Dans tout ça, Rachid Bouchareb ne s'attendait certes pas à ce qu'une frange de la droite française lui lance des fleurs, connaissant bien son accablante misère culturelle et son incapacité à juger une oeuvre d'art.

Pour sa part, Xavier Beauvois, cinéaste français, a rassemblé des témoignages sur la vie des moines de Tibérine dans une fiction Des Hommes et des Dieux, programmé en compétition aussi, tout en sachant que les circonstances de la terrible tragédie de leur mort demeurent une énigme comme beaucoup de tragédies algériennes pendant les années sombres. Fait pour Canal Plus, le film Carlos (sur le Vénézuelien aussi célèbre que Hugo Chavez) sera montré hors compétition. Une inconnue à ce propos : à quel acteur le réalisateur Olivier Assayas a t-il donné le rôle d'un certain Abdelaziz Bouteflika, à l'époque Ministre Algérien des Affaires Étrangères et qui a négocié avec un heureux succès la libération de tous les otages de la réunion de l'Opep de Vienne ?

Le retour du cinéma africain à Cannes, avec Mahamat-Saleh Haroun (Un Homme qui crie, Tchad, en compétition), c'est un plaisir, un acte positif. La preuve que l'Afrique peut s'imposer dans ce domaine comme dans la musique, la littérature, la danse, etc.




Présidé par l'Américain Tim Burton, le jury international comprend d'éminents artistes : l'Indien Shekar Kapur, l'Italienne Giovanna Mezzogiorno, le Porto-Ricain Benito Del Toro ou l'Espagnol Victor Enice...
Paradoxalement, l'un des endroits les plus courus, les plus dynamiques du festival de Cannes, c'est une salle située à l'écart, au sommet du Bunker (palais du festival), la salle Buñuel où nombre de cinéphiles purs et durs sont constamment "scotchés" parce que le programme est uniquement consacré aux vieux films, au cinéma classique. Des oeuvres échappées des étagères des musées de cinéma et restaurées avec amour et passion.

Tout le mérite de cette très louable entreprise revient à Martin Scorsese qui y consacre son temps et sa fortune. Une recherche faite avec passion, à l'américaines. Quand il erre dans les caves de la Fox ou de la MGM, Scorsese est à la recherche du chef- d'oeuvre des chefs- d'oeuvre des chefs et qu'il veut le sauver de l'oubli. Son programme de "cinéma retrouvé" cette année comprend des oeuvres de Jean Renoir, Ingmar Bergman, Mrinal Sen, John Huston, Luchino Visconti, Alfred Hitchcock...
À Scorsese revient la double tâche de faire restaurer les classiques du cinéma en danger mais aussi souvent de venir personnellement à la salle Buñuel pour les présenter. Scorsese a pour ainsi dire constamment un double regard, un oeil sur le cinéma moderne (celui qu'il fait en particulier) et un oeil sur le cinéma ancien, celui qu'il n'oublie pas pour l'avoir si souvent fréquenté dans sa jeunesse dans les salles de Little Italy, son quartier de New York.

Curieusement, le festival de Cannes est passé cette année de l'hyper-influence de ce qu'on a appelé des fois "l'impérialisme cinématographique d'Hollywwod", à un programme où les génériques américains sont nettement minoritaires : en compétition il y a cette année un seul film américain : Fair Game de Doug Liman. Du jamais vu ! Il est vrai aussi que le film d'ouverture de Ridley Scott, ceux hors compétition d'Oliver Stone et Woody Allen rétablissent un peu le nouvel équilibre... Sans compter les oeuvres classiques que Scorsese a ramené dans ses bagages.
Tout cela ne veut pas dire que le festival de Cannes a des comptes à régler avec la planète Hollywwod. La preuve, toutes les compagnies d'Hollywood sont là et la bannière étoilée de l'Amérique flotte sur les immenses yachts bien en vue dans la baie de Cannes. Le business ne cèdera pas.

Azzedine Mabrouki

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