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rédacteur
Michel Amarger
publié le
20/03/2012
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Michel Amarger


Stéphane Hessel, écrivain (à gauche) & Tony Gatlif

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Indignados
Sublimer les cris des indignés
LM Fiction de Tony Gatlif, France, 2011
Sortie France : 7 mars 2012

Les vents de révoltes populaires qui soufflent autour de la Méditerranée sont relayés par la caméra de Tony Gatlif. Ce réalisateur né à Alger, de père kabyle et de mère gitane, investit le cinéma français pour y faire entendre la voix de son peuple, les Roms, et exalter les cris de liberté.
Révélé par Les princes, 1983, il se dégage des fictions cadrées comme Rue du départ, 1985, pour célébrer les musiques gitanes qui courent le monde (Latcho Drom, 1993) et s'évader dans la poésie (Mondo, 1995, d'après un roman de Le Clezio). Car Tony Gatlif aime lancer des personnages sur les routes pour s'enivrer d'espaces (Gadjo Dilo, 1997) tout en valorisant les rythmes de flamenco (Vengo, 2000), la musique tzigane (Swing, 2001). Dans Exils, 2005, il projette ses héros vers l'Algérie pour un bain spirituel et sensuel vers les racines, et signe Liberté, 2010, en respirant les chants et les livres ouverts. Ainsi naît Indignados, 2011.



Un essai de Stéphane Hessel, Indignez-vous !, paru avec succès en France, en 2010, interpelle le cinéaste. Il retrouve dans ce petit livre, écrit par un ancien résistant de la Seconde guerre, ex-diplomate, humaniste engagé, une critique de bons sens de la démocratie française, gangrenée par le mode de la finance qui le révolte. Il y reconnaît l'exhortation à la responsabilité civique qui ouvre le champ à l'action revendicatrice. Mais l'adaptation envisagée par Tony Gatlif est battue en brèche par les événements de Tunisie, l'occupation de la Place Tahrir au Caire et celle de la Puerta del Sol à Madrid.
" J'ai stoppé le documentaire que je faisais sur le livre de Stéphane Hessel et j'ai pris ma caméra pour filmer les indignés ", explique Gatlif. Il brasse librement des images prises en Espagne, en France, dans les rues de Tunis mais aussi en Grèce où la crise fait sortir le peuple de ses gonds, pour composer Indignados.

Le film prend des allures de fiction poétique pour s'attacher aux pas d'une jeune Africaine, débarquée clandestinement dans l'espace européen. Betty sort de l'eau en Grèce, gagne d'autres terres, est refoulée à Paris pour repartir vers la Grèce, l'Espagne, au fil de rejets, d'alliances. " Je ne voulais pas exprimer mon regard d'Occidental, mais son point de vue à elle. Elle voit des choses que le public ne voit pas, tandis que ce dernier regarde le monde à travers les yeux de cette petite Africaine ", commente Gatlif.
Les images des manifestations de Tunis arrivent par téléphones portables comme celles de la Place Tahrir. Autour des plans documentaires, il multiplie les mises en scène, les envolées lyriques. Ainsi la révolte tunisienne est évoquée par des oranges qui dévalent les rues, en référence au marchand de fruits et légumes qui s'est immolé en allumant les feux de la révolution. Et les cris d'Andalouses opprimées éclatent par un flamenco, dans une piscine parisienne désaffectée.

En alternant des plans larges sur les espaces traversés par la jeune Africaine, et des gros plans sur des signes de liberté ou d'oppression, Tony Gatlif écrit visuellement une course déliée. Il articule les séquences à partir des bruits, des chants, ou en enchaînant les mouvements de son héroïne. Il en résulte un film presque muet, riche de rumeurs étouffées ou criées, émaillé d'impressions furtives, murmurées par Betty, incapable de trouver une place dans l'Europe qui la rejette. Elle est l'impossibilité de revenir en arrière pour ne pas décevoir les espoirs des siens. Condamnée à avancer pour vivre libre, elle symbolise l'espoir têtu, cher au cinéaste. "Ça va changer, je ne sais pas dans combien de temps," avance Gatlif. "Mais ça va changer."

Ce qui change avec Indignados, c'est la manière d'envisager le cinéma. En ouvrant les espaces, les possibles, en croisant les lignes de rencontres et en magnifiant l'union de ceux qui résistent, Tony Gatlif ose un film composite, uni par un regard humaniste sur les marginaux. Il capte les indices de rejet des communautés déplacées, particulièrement les Roms à Paris, la Grèce des laissés pour compte, en valorisant les gestes de solidarité des démunis. Offrir une pomme à une passante réunit l'Africaine et une Espagnole en lutte, soudant une fraternité de combat vital.
Et s'il dénonce l'oppression, Indignados est d'abord fait pour parler aux sens. Les jeux de scène, les inscriptions au pochoir, les formules de contestation s'inscrivent au fil des images pour faire entendre le souffle créatif de l'exaspération des citoyens.

Vu par Michel AMARGER
(Afrimages / RFI / Médias France / Africiné)

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