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rédacteur
Falila Gbadamassi
publié le
18/05/2018
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Falila Gbadamassi est rédactrice à Africiné Magazine


Meryem Benm'Barek, réalisatrice marocaine


Scène du film


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Scène du film


Lena (Sarah PERLES, en blouson noir) et Sofia (Maha ALEMI, en vert)

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Meryem Benm'Barek: "Le contexte économique et social place les femmes dans une position de victimes"
Prix du scénario à Un Certain Regard, Festival de Cannes 2018
Sofia est l'histoire d'une jeune Marocaine qui, en dépit des circonstances, va résolument prendre son destin en main. Le premier film de la cinéaste marocaine Meryem Benm'Barek, dont elle est également la scénariste, a décroché le prix du scénario à Un Certain Regard. Rencontre sur la Croisette.


La question est triviale parce que votre point de vue est évident. Sofia est-elle une héroïne ou une victime ?

C'est évidemment une héroïne qui refuse son statut de victime. Sofia s'inscrit un peu dans une tragédie grecque. C'est une héroïne, entravée, qui est prête à nier l'existence des autres pour parvenir à la réussite. Il y a quelque chose qui m'a toujours manqué dans la représentation des femmes du monde arabe et c'est l'une des raisons pour lesquelles j'ai eu envie de faire ce film : on montre souvent ces femmes comme étant les victimes du patriarcat et du machisme. La remarque est valable pour les pays africains ou asiatiques, et plus généralement pour le monde en développement. Et de ça j'en ai marre ! D'autant que la situation est beaucoup plus complexe.

Il y a des femmes qui ne peuvent pas accepter leur statut de victime. Aujourd'hui, à l'heure du capitalisme, de l'ultra-mondialisation et du libéralisme, le nerf de la guerre, c'est l'argent. C'est lui qui donne le pouvoir. De fait, comme les femmes gagnent moins que les hommes, qu'elles trouvent moins facilement un emploi et qu'elles ont des frais inhérents à leur condition de femme ; elles ont tout simplement moins d'argent que les hommes. Le contexte économique et social place les femmes dans une position de victimes.

Aujourd'hui, on parle beaucoup des droits des femmes, de parité… Ici à Cannes, d'avoir plus de femmes réalisatrices, entre autres. Vous vouliez produire une œuvre féministe ou c'est la situation dépeinte dans votre film, les faits donc, qui en font une fiction féministe ?

Ce sont les faits qui en font un film féministe. Le film s'ouvre sur un carton mentionnant cette loi (qui criminalise le fait d'avoir un enfant hors mariage, NDLR) qui est discriminatoire et arbitraire. Ses premières victimes sont évidemment les femmes. Cependant, j'avais envie de déployer et d'inscrire cette réflexion féministe dans un contexte plus global. Le débat doit s'élargir. Dans mon film, la véritable victime n'est pas une femme, mais un homme. Je montre que ce n'est pas le genre de la femme qui en fait une victime mais sa position sociale. Il y a des femmes de pouvoir qui exercent leur pouvoir sur les hommes. C'est important de laisser la liberté à chaque femme de décider si elle veut oui ou non, libérer sa parole, de laisser aux femmes la liberté de choisir ce qu'elles ont envie de faire.

Vous avez décidé de rendre votre héroïne antipathique dans un premier temps. Ce qui renforce d'une certaine manière le fait qu'elle ne soit pas une victime. Comment avez-vous construit le personnage de Sofia ?

On me faisait cette remarque déjà à la lecture du scénario. Les commissions s'en inquiétaient même, parce qu'elles estimaient qu'il serait compliqué de "vendre" ce personnage pas très sympathique. Cela m'a toujours déroutée parce que Sofia ne peut pas être sympathique parce que ce qu'elle vit ne l'est en rien. Néanmoins, on s'attache progressivement à elle. Sofia est fermée, elle a tout un monde intérieur. Elle a compris comment fonctionne la société et elle est dans une espèce de calcul constant. Dans cette situation absolument désastreuse, Sofia réfléchit à la meilleure façon de placer ses pions pour en tirer le meilleur parti.

Où avez-vous déniché Maha Alemi qui livre une très belle performance ?

Elle avait joué auparavant dans un film où elle avait un petit rôle. Je l'ai vue et je l'ai trouvée fascinante. Elle avait ce mystère dans le regard qui porte le film. Elle avait cette détermination de femme forte et elle représentait ce qu'était pour moi une femme marocaine moderne aujourd'hui.

Sofia est une galerie de portraits de femmes qui mènent le jeu et qui décident finalement de tout. Les hommes sont presque quantité négligeable. Le Maroc a-t-il évolué en ce qui concerne la place des femmes dans la société ?

J'ai grandi dans une famille de femmes, des sœurs, des tantes et une mère avec un caractère bien trempé. Ces personnages féminins sont un composite de tout ce que j'ai connu. Les femmes ont leur place au sein de la famille mais, au sein des institutions, c'est une autre affaire.

Cependant, la question de la place au sein de la famille reste intéressante. J'ai toujours entendu les femmes de ma famille dire: "On fait comme on veut en fait, mais on va lui dire (à l'homme donc) ce qu'il veut". Ma mère me disait toujours : "L'essentiel, c'est d'obtenir ce que tu veux". Oui, certes, mais les femmes participent ainsi à leur propre oppression parce qu'elles n'assument pas les choses. On obtient le pouvoir mais de manière détournée. Je pense qu'il faut l'assumer cette place. Il faut assumer de manière franche les choses !

Vous évoquez la précarité dans laquelle vit la jeunesse marocaine. C'est important pour la jeune cinéaste que vous êtes de faire écho au malaise socio-économique de toute cette jeunesse au Maroc, au Maghreb et ailleurs ?

Oui, parce que c'est de là que vient toute cette colère. Le personnage d'Omar illustre bien cette situation. Ce qui rend fou les jeunes, les jeunes Marocains notamment, ce n'est pas tellement d'être pauvres mais d'être coincés dans leur position sociale, de ne jamais arriver à péter le plafond de verre. Je connais et j'ai passé beaucoup de temps avec les jeunes des quartiers populaires au Maroc. Et je ressens une infinie tristesse, parce qu'il y a un manque évident de perspective. Ils ont énormément de talent mais ce sont malheureusement des laissés-pour-compte.

Vous signez votre premier film. Quelle a été votre plus grande difficulté ?

Je me suis assignée une ligne de conduite pendant toute la fabrication du film, de l'écriture au montage, en passant par la préparation, les repérages et le tournage : ne jamais tomber dans les clichés et les préjugés, de toujours les questionner. On peut facilement basculer avec un sujet comme ça. Mais ce n'est jamais le cas, parce que j'ai été très vigilante sur la question. Je suis heureuse parce que les réactions des spectateurs et de la presse montrent que mes propos ont été compris. Ceux qui viennent vers moi me disent que je ne tombe jamais dans les clichés. Pour moi, c'est la plus grande des réussites.

En Occident, notamment en France, les commissions ont un appétit pour les films d'un certain type : on attend des Africains qu'ils y soient présentés d'une certaine manière et des femmes du monde arabe qu'elles soient toutes victimes du patriarcat. Pour ma part, je voulais montrer la réalité telle qu'elle est.







Je ne vous cache pas que nous avons reçu des retours très ethno-centrés de gens, qui ne sont pas Marocains, qui ne connaissent pas le Maroc, estimant que ma vision de mon pays n'était pas la bonne.

J'ai décidé de ne jamais lâcher et de ne pas tomber dans le piège. Cela aurait été facile de le faire pour obtenir les financements nécessaires. J'ai persévéré, j'ai continué avec toute l'intégrité possible grâce au soutien sans faille de ma productrice. Elle a très vite compris ce qu'était la société marocaine, même si elle est Française. Cette dernière a une intelligence de regard que je trouve assez rare aujourd'hui en Europe. Nous n'avons pas lâché, nous avons continué et le film a été financé par la France. Les gens sont donc prêts à recevoir ce type d'histoires. Cela me rend heureuse de constater que le public est prêt, ainsi que les commissions. Il faut juste avoir un scénario qui tient la route et défendre son point de vue. Et c'est tout à fait possible !

Falila Gbadamassi

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