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rédacteur
Annick R. Kandolo
publié le
28/02/2019
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Annick Rachel KANDOLO est rédactrice à Africiné Magazine


Gérard Essomba, acteur camerounais

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Hommage aux acteurs du cinéma
Le coup de gueule de Gérard Essomba

Quand, en 1999, Mwézé Ngangoura de la République Démocratique du Congo décroche l'Etalon de Yennenga, son acteur principal,
incarné par Gérard Essomba est comblé. Au point de se considérer, vingt ans plus tard, comme le deuxième camerounais, après Jean-
Pierre Dikongué-Pipa avec Muna moto en 1976, à avoir obtenu le prestigieux prix de la biennale du cinéma africain. Et même si le festival
couronne le meilleur acteur et la meilleure actrice depuis quelques années, le comédien estime que l'ensemble des acteurs du 7ème
art africain ne sont pas valorisés comme ils devraient l'être sur le continent.


Que représente, pour vous, ce rituel d'hommage aux disparus d'entre deux éditions du FESPACO qui a été suivi, cette année, du dévoilement d'une statue à l'effigie de Dikongué-Pipa sur la colonne des Etalons ?

Si on pouvait revivre deux fois cinquante ans, j'aurais souhaité revivre encore dans cinquante ans, cet évènement qu'on vient de vivre. Dikongué-Pipa, c'est quelqu'un qui est, un peu, du même bord que moi. C'était, avant tout, un acteur. D'ailleurs, vous le voyez dans
le film (NDLR : le film Muna moto, projeté la veille au cours de la nuit d'hommage de la FEPACI) où il incarne le policier qui va arrêter ce pauvre bougre qui a des problèmes avec son fils. Dikongué-Pipa est, aujourd'hui, le seul réalisateur camerounais qui a gagné l'Etalon de Yennenga depuis cinquante ans. Cela pose un problème. Cela veut dire qu'au Cameroun
la culture n'a pas du tout décollé depuis cinquante ans. Je peux aussi dire que le deuxième Etalon de Yennenga c'est moi, Gérard Essomba ; pas avec un film camerounais, mais un film de la République Démocratique du Congo. Quand j'ai vu Muna Moto, j'y ai compté au moins cinq morts et ça me désole quand je pense aux conditions dans lesquelles ils sont partis. David Ndéné, grabataire, est en train de mourir. Il n'y a pas que les réalisateurs qui font du cinéma. Ce sont nous, les acteurs d'abord.

Voulez-vous dire que les acteurs ne sont pas assez honorés ?

Quand on rend des hommages comme ça, on les rend aux réalisateurs. Mais il y a les acteurs. Le cinéma, c'est une grande famille, une composante, tout un ensemble. Même le simple technicien qui tire les câbles sur le plateau, il participe aussi à la fabrication d'un film. Le problème que nous avons, aujourd'hui en Afrique, c'est qu'on a vu que les cinéastes deviennent des super stars qui vivent alors que nos artistes ne vivent pas. Quand on fait de grandes manifestations culturelles sur le continent, au cinéma par exemple, vous allez voir un tel est tête d'affiche et c'est un réalisateur. Mais vous ne verrez jamais l'acteur ou l'actrice principal(e). C'est l'acteur qui est, disons, l'élément moteur, le vecteur numéro un. Quand vous prenez un James Bond, c'est Sean Connery d'abord qui véhicule le film, pas le réalisateur. Ni même celui qui a écrit le scénario parce que c'est l'acteur qui fait la promotion du film. Vous ne pouvez pas faire circuler un film s'il n'y a pas la tête d'affiche. Et là aussi, au niveau des salaires, j'avoue, franchement, qu'il faudrait qu'on en parle. Nos artistes ne sont pas payés.
Beaucoup sont morts dans la misère parce qu'ils étaient mal payés. Cela aussi, il faut en parler. Quand je vois un artiste à qui on a coupé les deux jambes qui fait comprendre que la première fois qu'il a touché un chèque de huit cent cinquante mille francs CFA, c'est parce qu'il a joué avec un tel. Comment voulez-vous qu'un acteur principal gagne huit cent cinquante mille francs pour un long métrage ? Cette question devrait même aller au niveau des institutions qui gèrent nos pays.
C'est-à-dire, les Assemblées, le Sénat, le Premier Ministère, le Ministère de la Culture, celui de la Sécurité Sociale et même celui des Finances ; parce que les artistes aussi doivent payer les impôts. En payant les impôts, ils sont pris par la Sécurité Sociale quand ils sont malades. Ils sont pris en charge quand ils ont atteint soixante ans. Ils ont droit à la retraite.
Pourtant en Afrique, vous voyez des artistes qui trainent dans la rue à soixante ans et qui n'ont même pas de quoi s'acheter un morceau
de pain. Ces choses-là, il faut qu'on les organise en Afrique.

Qu'est-ce qui peut justifier ce tableau que vous venez de peindre ?

Je vais vous donner un exemple. Vous avez un réalisateur ici, au Burkina, que je connais. Il s'appelle Gaston Kaboré. J'ai fait son premier film quand il était toujours à l'école de cinéma, à l'INA. Je le lui ai rappelé. Est-ce qu'il m'a payé à l'époque ? Il ne pouvait pas, il était étudiant. Mais maintenant qu'il est devenu grand réalisateur, il m'a oublié. C'est là, aussi, le problème des africains. Et nos réalisateurs, il ne faut pas qu'ils soient, à la fois, auteurs de l'histoire, producteurs, réalisateurs et, parfois même, ils deviennent acteurs principaux de leurs histoires. Cela affaiblit le projet. Il ne va nulle part et ceux qui les reçoivent, en vue d'un financement, les mettent à la poubelle.

Que faire alors et comment ?

Un film, c'est un investissement et l'investissement, c'est l'Etat. C'est pour cela que je dis, toujours, un grand pays doit avoir un grand ministère de la Culture. Si vous prenez le cas de la France. Elle est devenue le moteur de la culture dans le monde francophone, aujourd'hui. Pourquoi ? Parce qu'il y a eu un grand ministre de la Culture qui s'appelait André Malraux. C'est lui qui a créé les maisons des jeunes et de la Culture en France. Et ces maisons permettaient à tout le monde de se rendre les dimanches et les jours de fête de s'y rendre pour écouter de la musique, pour entendre dire de la poésie ou regarder une pièce de théâtre.
Une chose qu'il faut remarquer et vous, journalistes, vous devez insister là-dessus, la formation est indispensable. Moi, j'ai été formé pendant trois années de cours d'art dramatique chez une vieille comédienne russe.
Regardez les documentaires qui m'ont été consacrés. Vous comprendrez le cursus d'un acteur qui veut devenir professionnel. Et puis, nos artistes ne jouent pas cinéma. Ils jouent du théâtre filmé. Ce n'est pas du cinéma. Il faut leur apprendre cela. Autre chose, comme j'aimerais tourner, aussi, dans des films sénégalais, burkinabè, maliens. Oublions de dire que cet acteur est camerounais, on ne va pas le prendre dans un film sénégalais ou malien parce qu'il ne parle pas bambara ou mooré. C'est faux ! Nous avons, aujourd'hui en Afrique, deux langues qui nous donne la possibilité de pouvoir communiquer et vivre ensemble. Il s'agit du français et de l'anglais.
Bien-sûr, je reproche, quand-même, quelque chose au français. Quand il est difficile, les couches les plus simples ne peuvent pas comprendre. Donc, il faut prendre les choses à leur niveau. Parce que c'est une pédagogie qu'on fait pour former nos peuples, nos populations.

Annick Rachel Kandolo (Burkina Faso)

Africiné, le Magazine de la Fédération Africaine de la Critique Cinématographique FACC - www.africine.org

Africiné Magazine No.3 - Mercredi 27 février 2019, pages 6 /// 26è FESPACO

Ce magazine est publié par la Fédération Africaine de la Critique Cinématographique (FACC / AFFC). La publication a été rendue possible grâce au soutien de l'OIF, Africalia Belgium, le Goethe-Institut et l'Ascric-B. Il est réalisé par un collectif de 42 journalistes provenant de 23 pays.

Directeur de Publication : Khalil Demmoun

Comité de Rédaction
Sid-Lamine Salouka
Abraham Bayili
Ahmed Shawky
Robert Mukondiwa
Fatou Kiné Séne
Pélagie N'Gonana
Charles Ayetan
Yacouba Sangaré
Espéra Donouvossi

Mise en page : Korotimi Sérémé
Impression : IGIP +226 70 15 15 80

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Muna Moto | Enfant de l'autre (L') 1974
Jean-Pierre Dikongué Pipa


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