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rédacteur
Michel Amarger
publié le
18/11/2019
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Michel Amarger est rédacteur à Africiné Magazine


Ladji LY, réalisateur français


Scène du film Les Misérables


Scène du film


Scène du film











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Les Misérables
Les étincelles du 93
LM Fiction de Ladj Ly, France, 2019
Sortie France : 20 novembre 2019


La banlieue française crève l'écran. Après une rafale de films qui l'ont braqué dans les années 90 (La Haine, de Mathieu Kassovitz, 1995, Ma 6-T va crak-er, de Jean-François Richet, 1996) et des coups de semonce dans les années 2000 (Wesh Wesh, qu'est-ce qui se passe ?, de Rabah Ameur-Zaïmeche, 2001), la banlieue hante le cinéma français. En vedette aujourd'hui : le 93, au nord de Paris. Un département qu'on peut voir comme un lieu de brassage évolutif où l'espoir est permis : c'est ce que montre La Vie scolaire de Grand Corps Malade et Medhi Idir, 2019. Un espace ardu comme un terrain de jeu où les adultes et les enfants se brûlent : c'est ce qu'éclaire Les Misérables de Ladj Ly. Un regard coup de poing, qui lui vaut le Prix du jury au Festival de Cannes 2019 et représentant de la France aux Oscars 2020.
Cette consécration valide un long travail sur le terrain, à Montfermeil où a grandi Ladj Ly. C'est là qu'il découvre la pratique du cinéma en centre de loisirs, assiste à la formation du collectif Kourtrajmé et filme sur le tas. 365 jours à Clichy Montfermeil, 2007, témoigne de l'intérieur, des émeutes de 2005. La diffusion sauvage sur le net l'impose cinéaste. Il s'immerge un an dans son pays d'origine pour 365 jours au Mali, 2013, évaluant les forces en présence. Mais la banlieue reste son terrain de prédilection dont il expose les valeurs pour A voix haute, 2017, réalisé avec Stéphane De Freitas.






Les Misérables dont le titre reprend celui du roman de Victor Hugo, inspiré par Montfermeil, est une fiction nerveuse et rythmée. On y pénètre avec l'arrivée de Stéphane, venu de Cherbourg, qui intègre la Brigade Anti Criminalité ("la BAC"). Il fait équipe avec Chris, un Blanc arrogant et raciste, et Gwada, Antillais de la cité, passé chez les "Bacqueux". Leur ronde de jour permet de circuler dans le quartier entre les clans qui le composent. "Le Maire" assure la régulation en défendant ses protégés, noirs. " Les Frères musulmans" convoitent les jeunes en prodiguant des leçons de morale, aptes à les diriger vers la mosquée. Ils ont freiné la circulation de la drogue mais pas la prostitution ni les trafics des "Microbes", les petits de la cité.
L'un deux met le feu aux poudres en empruntant un lionceau au cirque des "Gitans", postés dans le coin. Ils menacent d'affronter les Noirs en représailles. Le jeune voleur est repéré puis rattrapé par les "Bacqueux" qui le blessent en l'interpellant au milieu de ses copains. La bavure est filmée par un drone, piloté par l'un des "Microbes", et les policiers font monter la pression pour récupérer les images compromettantes. Ce qui allume un esprit de revanche incendiaire.

"Je raconte un peu ma vie, mes expériences, celles de mes proches… Tout ce qui est dedans est basé sur des choses vécues", confie le réalisateur. "J'ai voulu montrer toute la diversité incroyable qui fait la vie des quartiers… Ils sont ma vie et j'aime y tourner." Cette relation permet à Ladj Ly de livrer un regard nuancé sur les communautés qui se mêlent mais restent en rivalité.
"Les quartiers sont des poudrières, il y a des clans, et malgré tout, on essaye de vivre ensemble et on fait en sorte que ça ne parte pas en vrille", déclare le cinéaste. "Je montre ça dans le film, les petits arrangements quotidiens de chacun pour s'en sortir." En collant à la ronde des policiers comme un fil conducteur, il relève le danger qu'ils représentent par leurs inquisitions. "Pour avoir un peu d'action, ils décident de faire des contrôles d'identité et c'est le cercle vicieux", relève Ladj Ly. "Forcement à un moment, ça bloque."

Les Misérables frémit ainsi d'une violence latente qui plombe la vie des cités, négligées par le pouvoir, lestées par le chômage et la pauvreté. "Je voulais que les 40 premières minutes du film soient en immersion tranquille dans le quartier. Je voulais d'abord amener le spectateur dans mon univers et ensuite seulement, entrer dans l'action", explique Ladj Ly. "J'ai expurgé des clichés comme la drogue, les armes, et en effet, la musique est plus électro que rap. J'ai voulu éviter les poncifs du film banlieue." L'intention est servie par des acteurs au diapason dont Damien Bonnard, le nouveau flic, dit Pento, Djebril Zonga qui est Gwada, ou Alexis Manenti, leur chef beauf.
Autour, le cinéaste mobilise des jeunes de quartier affutés. Mais cette fois, pour satisfaire sa production lourde, il délègue le cadre à Julien Poupard, confiant le montage à Flora Volpellère, complice de Kourtrajmé. L'esprit d'équipe illumine Les Misérables, valorisant le brassage dans la société française, réunie dans l'euphorie de la victoire de la Coupe du monde de foot 2018. "Le film commence là dessus, puis ensuite, chacun retourne à la réalité quotidienne moins reluisante, chacun retourne à sa place en fonction de sa couleur de peau, de sa religion, de son lieu d'habitation, de sa classe sociale", déplore Ladj Ly. Un déterminisme qui favorise la tension de la cité jusqu'à l'explosion, et le cinéma comme un art de combat et de spectacle.

Vu par Michel AMARGER
(Afrimages / Médias France)
pour Africiné Magazine

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Ladj Ly


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