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rédacteur
Meriam Azizi
publié le
22/09/2006
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Pour l'amour de l'Algérie
Barakat !, de Djamila Sahraoui (Algérie)
Adepte du documentaire, la réalisatrice se convertit à la fiction. Une aventure qui l'amène à creuser au-delà des limites qu'impose le tournage de situations un peu trop réelles pour s'autoriser à s'adonner librement au plaisir de la narration personnelle. Barakat !, un cri qui s'élève contre toute forme de violence, de ségrégation sexiste ou idéologique, est un film qui se détache du style commun. Bien que cette thématique soit largement évoquée dans l'histoire du cinéma algérien, Djamila Sahraoui opte pour un traitement différent. L'Algérie meurtrie qu'on est habitué à voir dans sa crudité frappante, se trouve ici reléguée au second plan. La préférence est accordée à la dimension poétique. Peindre les rapports humains entre les hommes et les femmes, pourrait bien porter une aide au dysfonctionnement du climat général. Le film se situe quelque part en Algérie, dans les années 1990. Amel, jeune médecin urgentiste s'aperçoit un soir, de retour chez elle, après une longue nuit de garde, de l'absence de son mari ou – pour nommer les choses comme elles sont – de sa disparition. Devant l'indifférence des autorités, elle prend la décision d'agir de sa propre personne. Khadidja, l'infirmière, l'accompagne dans sa périlleuse quête (et à la fois enquête) avec le désir dissimulé de revivre les réflexes de son passé d'ancienne maquisarde et combattante pour l'indépendance.

Au fil de l'histoire, le motif de la disparition de Mourad, mari d'Amel, perd graduellement de sa gravité pour ne plus accrocher l'attention. Il importe peu s'il a été assassiné ou juste pris en otage. D'ailleurs, le présumé captif n'apparaît jamais à l'écran à la seule exception quand, pour donner une piste à la police, Amel sort une photo de leur couple. Ce motif n'est donc en réalité qu'un prétexte pour déclencher la véritable histoire, celle d'un voyage initiatique où, malgré leur appartenance à deux générations différentes, les deux femmes portent les mêmes aspirations et le même rêve. Un périple jonché d'épreuves commence. La construction des deux personnages se fait naturellement et au rythme des surprises. Au même titre que le spectateur, la scénariste semble ignorer l'avenir de ces deux femmes qui avancent vers l'inconnu. Ce procédé de focalisation externe, d'une part facilite le processus de l'identification, en mesure d'alimenter la tension, d'autre part, produit ce qu'on appelle l'effet de réel. Les longs moments de silence que partagent Amel et Khadidja alors qu'elles sont perdues dans la montagne au milieu d'une nature sauvage, renforcent cet effet. Le superflu est prohibé. D'autant plus qu'il n'est pas besoin de palabrer quand le silence est gros en paroles et que les sentiments arrivent à se communiquer. Plus d'une fois, la douceur et le calme d'Amel se trouvent confrontés à la gouaillerie de Khadidja qui se plaît à prendre le rôle de la mère protectrice. Leur attitude psychologique n'augure pas la stabilité. Constamment encline au changement, Amel souvent introvertie cache une fureur qui ne manque pas de pétrifier sa compagne de route. La colère qui se lit dans ses yeux de braise n'est pas uniquement due à la violence du terrorisme des intégristes, mais plus profondément elle est la conséquence du conflit qui mine le rapport entre l'homme et la femme ainsi que la pression qui pèse sur celle-ci au quotidien. En femme libre et moderne, Amel finit par cracher sa hargne. La scène de la révolte est imprévisible. On ne pensait pas voir la jeune femme aller jusqu'au bout de ses faits et gestes. Au beau milieu d'un café représentatif du règne de la masculinité, exaspérée par la montée des insultes et des provocations de tous les coins du lieu, elle pointe son revolver contre un jeune qui a eu le malheur de la traiter de sale prostituée. Son acte a fait tomber le mâle de son piédestal. Ridiculiser le bourreau, le persuader du leurre de croire que la femme est faible, ne pouvait s'accomplir que par la violence. Autant Amel représente la jeunesse fougueuse et impulsive, autant Khadidja est symbole de sagesse et de modération. Deux images qui reprennent les habitudes de la moudjahida et qu'on a eu l'occasion de voir dans le film culte de Pontecorvo, La Bataille d'Alger, mettent en évidence ce trait distinctif : la scène, où sous le regard railleur d'Amel, elle met le voile en se couvrant de la tête au pied afin de s'épargner les affres de la torture puis, la femme qui prend le revolver et le confie à l'homme.
Dans ce film, la simplicité que peut engendrer un regard unilatéral posé sur le problème de la violence est ici évitée. On est loin de l'exaltation révolutionnaire qui présentent des personnages coulés dans un moule. Tout est dans la nuance. Les héroïnes de Barakat ! ne sont pas dans la logique de l'exceptionnel. Fortement humanisées, c'est grâce au moment de peur, de faim et d'égarement qu'elles ont appris à se connaître et réussi à tisser entre elles des liens indéfectibles. Deuxième touche d'atténuation est l'image négative de l'homme qui se fait embellir par deux personnages positifs : le vieil homme, une sorte de sage qui offre générosité et hospitalité aux deux passantes et les conduisent au bon port, à la mer à la fin du film où c'est lui, représentant de la génération précédente qui débarrasse Khadidja du revolver en le jetant dans la mer tout en articulant le mot de fin : Barakat !.
Cette métaphore de la violence, engloutie à jamais, clôture ainsi le film. Tout l'espoir est porté par le personnage de l'enfant. Un détail le signifie, lorsque de la main de Khadidja, il prend le téléphone mobile et se charge d'appeler l'ambulance sans la moindre faille.

Barakat !, histoire d'une société qui se cherche, ne prétend pas donner une solution au problème de la violence, qu'elle soit dirigée contre la femme, contre la liberté d'expression ou tout simplement contre l'autre. Il en fait juste ressortir l'inutilité et l'obsolescence dans l'espoir d'ouvrir d'autres horizons.

Mériam AZIZI

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