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rédacteur
Jean-Marie Mollo Olinga
publié le
28/11/2006
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Plongée chez les dealers
Confidences, de Cyrille Masso (Cameroun)
Cyrille Masso s'est véritablement fait connaître comme cinéaste grâce à son documentaire Au prix du verre. Ce premier court métrage de 26 min décrit le quotidien d'un groupe de femmes traquant les brisures de verre provenant d'une brasserie. En les revendant, et bien que se faisant exploiter dans la chaîne de commercialisation, elles luttent à leur manière contre la pauvreté. Ce film a remporté le deuxième prix Djibril Diop Mambéty au Festival de Cannes en 2003.

Avec Confidences, Masso commet son premier long métrage en tant que réalisateur. Bien que celui-ci soit une œuvre de fiction, il est inspiré d'un fait vécu par le jeune cinéaste. À l'observation, ce deuxième film rejoint ses préoccupations, qui s'expriment par l'immersion de sa caméra dans la société, pour en explorer les maux qui la minent. Ici sont donc exposés les méfaits de la drogue en milieu jeune.

Confidences s'ouvre sur une image ambiguë, celle d'un jeune homme, Motto (Patrice Minko'o), accompagné de sa petite amie, Rita (Tatiana Matip), reçu à confesse par un prêtre, dans une église très faiblement éclairée. Cette absence de lumière, symbole d'une vie antérieure négative, symbole de la faute, du faux, bref du mal, peut être associée au désir de "régénération" de ce jeune homme. Cette absence de lumière qui peut aussi laisser préfigurer d'une mort symbolique du vieil Adam dans un lieu obscur, augure de la renaissance d'un homme nouveau à la vie spirituelle. D'où la présence de Motto dans cette église et devant un homme de Dieu. Et pour renaître à la vie, il faut traverser des épreuves, faire pénitence. Pour cela, il faut se confesser, autrement dit, revenir sur son passé, sur ses fautes, pour en demander pardon. Et la confession ne se fait que dans la confidence, tout au moins dans sa conception chrétienne catholique. Dès lors, à travers un long flash-back et une voix off, le spectateur va suivre Motto dans ce qui va finalement apparaître comme son chemin de Damas.

Confronté à un jeune toxicomane hospitalisé à l'hôpital Central de Yaoundé, et fort de l'expérience vécue au lycée, Cyrille Masso, après s'être rapproché du Comité national de lutte contre la drogue, s'est engagé à apporter sa contribution à la sensibilisation des jeunes vis-à-vis des méfaits de ce fléau. La drogue étant on ne peut plus présente dans les écoles, où elle fait des ravages. C'est la raison pour laquelle le réalisateur, au travers de sa caméra, va y faire de fréquentes incursions, comme pour rappeler chaque fois que son sujet, c'est la drogue en milieu scolaire. Et ce rappel est nécessaire, car le spectateur court de temps à autre le risque d'être égaré dans ce film où tout arrive, ce qui constitue une de ses faiblesses. On y retrouve ainsi une multitude de sous-thèmes pensés certainement pour en enrichir la courbe dramatique, mais du fait de leur trop grand nombre, finissent par l'alourdir. On peut ainsi recenser le comportement d'un chômeur incapable d'assurer le quotidien de sa famille, et qui tente de noyer ses soucis dans des paradis artificiels ; la place des jeux de hasard et de l'alcool en milieu précaire ; les rapports entre commerçants et milieu de la drogue ; l'éducation des enfants ; leurs fréquentations ; la responsabilité parentale, etc.

D'autres faiblesses du film se situent au niveau de sa cohérence narrative. Motto raconte sa vie dans le milieu de la drogue "en marche arrière". Nous sommes à la veille du baccalauréat. Et ses notes baissent. Autrement dit, le film nous ramène au début de l'année scolaire, ou à tout le moins pendant celle-ci, pour montrer comment Motto en est arrivé là. Ce que la réalisateur maîtrise fort bien, jusqu'au moment où Anani, son mentor, meurt. Obligé par la suite de se cacher, il sera conduit à la mission catholique par Rita. De là surgissent des questionnements : Anani meurt-il pendant l'année scolaire ? Auquel cas l'on ne comprendrait pas que son professeur lui remette sa mauvaise copie à la veille de l'examen. Et quid de la petite Rita dont les parents parlent de mauvais résultats… académiques (et non scolaires), et de refus d'aller en Europe après son succès au baccalauréat ? Ce film, manifestement, me pose des problèmes par rapport à son processus narratif.

Par ailleurs, avec ses airs de "déjà vu", il pèche par le manque d'originalité dans son traitement. De plus, si Confidences a pour ambition de sensibiliser la jeunesse aux dangers encourus par la consommation et/ou la vente de la drogue, il est à relever que sur le plan discursif, il dit, comme pour le justifier, comment on devient dealer. L'intention aurait-elle été trahie par le traitement ? Anani, (interprété par Thierry Ntamack), celui par qui tout arrive, explique : "Mes parents m'ont laissé tomber, il a fallu que je me débrouille". Quant à Motto, dont le père au chômage ne peut plus subvenir aux charges du ménage, "j'avais décidé de me rendre utile". Les femmes ne sont pas en reste. Suzy (Deneuve Djobong) ne déclare-t-elle pas : "J'ai un gosse à nourrir… Je suis prête à tout pour gagner mon pain" ? Comment comprendre ce machiavélisme, quand on sait que le besoin peut faire prendre des vessies pour des lanternes ? Si chacun de ces personnages expose ainsi ses motivations, l'aspect vie facile avec argent tout aussi facilement gagné ne saurait être occulté. Les jeunes veulent "briller". Ils veulent porter des vêtements chers, même s'ils ne sont pas beaux. Ces "bourgeois de pacotille" n'ont pour véritable ambition que de "flamber", d'épater leurs camarades, et les "je te respecte", ou encore "Gars, on t'admire", sont suffisamment révélateurs de cet état d'esprit.

Cela étant, ici, le film épouse des contours psychologiques rendus sur le plan technique par de gros plans accompagnés par des dialogues démontrant l'influence de camarades du type Anani sur les autres élèves. Avec leurs airs de faux durs, ils usent et abusent de la peur et de l'intimidation pour en imposer et s'imposer, prenant alors la place laissée vacante par des parents démissionnaires. "Etre aux côtés d'Anani était un véritable privilège", dira Motto.

C'est ici que la responsabilité parentale - ou plutôt son absence - prend toute sa dimension. Si Motto se laisse ainsi prendre au jeu d'Anani, n'est-ce pas parce que Dikalo, son père, s'est volontairement fermé les yeux, abandonnant son foyer à son épouse complaisante ? Sa lucidité ne lui reviendra qu'un soir, en trouvant la lumière rétablie chez lui. Soit dit en passant, la mise en scène à ce niveau est remarquable !

Tout aussi remarquable est l'interprétation du rôle d'Anani par un Thierry Ntamack dont le jeu puissant et tout en poésie à la fois confirme tout le bien qu'on pense de lui. Patrice Minko'o (Motto) lui, paraît souvent hésitant. Avait-il le tract ? Il n'évolue pas au même niveau que son alter ego.

Si la plastique des acteurs ne laisse pas indifférent, on a l'impression que l'éclairage ne l'accompagne pas toujours. Surtout lors des premières séquences du film. Quant on filme la peau noire, surtout avec une caméra numérique, il faut toujours beaucoup plus de lumière.

Confidences traite d'un sujet simple, apparemment banal, mais dont l'un des mérites est qu'il monte en puissance. L'autre étant qu'il ne juge pas, ne moralise pas. Il se laisse agréablement regarder, tant y est présent le côté humoristique qu'on ne retrouve pas souvent dans des sujets aussi graves. Ce film a des choses à dire, et pas seulement aux jeunes. Ne voit-on pas différents corps de métiers interférer dans le domaine, du vendeur de la quincaillerie automobile au fripier en passant par les gangsters ? Par rapport à son ambition, l'on peut comprendre qu'il se rallie au consensuel en faisant la part belle aux bons sentiments. Et puis, c'est un film de révélations, parce que son équipe est constituée à 90% de jeunes faisant, pour la plupart, leurs premiers pas dans les différents métiers du cinéma.

Jean-Marie MOLLO OLINGA,
Cameroun.

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