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rédacteur
Almahady Cissé
publié le
16/03/2007
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Le mal exorcisé
Daratt (Saison sèche), de Mahamat-Saleh Haroun (Tchad)
Bulletin Africiné n°06 (FESPACO 2007), du Jeudi 1er mars 2007

Dans il y a dans ce film comme une sorte d'exorcisme du drame que le Tchad a connu. Près de 40 ans de guerre civile avec son lot d'exactions, de crimes et son corollaire d'impunité.
Le film est d'ailleurs ironiquement introduit par les débats à la radio de la commission "Justice et Vérité", qui d'ailleurs n'apportent rien d'apaisant aux victimes.
À travers ce film, le réalisateur Mahamat-Saleh Haroun pose la problématique de l'après guerre et des années de plomb que le pays a traversé : "Comment continuer à vivre ensemble après tant de violence et de haine ? Quelle attitude adopter face à l'impunité ? Se résigner ou se faire justice soi-même ?"
Daratt (Saison sèche) est campé par un décor qui illustre une certaine aridité du paysage et le silence des acteurs. D'entrée de jeu, un vieux, dans une quête de justice, assigne à son petit fils une mission indélicate : supprimer le meurtrier de son père. En lui tendant un revolver… avec une obligation de résultat.
Sans sourciller, le jeune Atim – dont le nom signifie littéralement "orphelin" – se rend chez le meurtrier de son père, Nassara, bien décidé à se rendre une justice que la justice lui a refusée.
Le contact de la grande ville le bouleverse. Il se fait bastonner par des policiers, juste à son arrivée, alors qu'il voulait soulager sa vessie. Il va faire alors la connaissance d'un jeune citadin qui l'amène chez lui. Mais son désir de vengeance le pousse à pourchasser Nassara. Le premier contact fut rude. D'abord dans les regards. Nassara, le boulanger lui offre du pain qu'il rejette…
Ce film révèle une ambiguïté chez les personnages. Atim finit par accepter la perche que lui a tendue Nassara. Désormais, il va vivre, travailler et cohabiter avec lui.
Tout le reste se joue dans une boulangerie. Autour de la farine et du pain… qui symbolise la vie. Nassara veut faire de Atim un grand boulanger, mais le prévient : le pain se fait avec amour.
La lumière et l'ombre constituent également la trame de fond du film. Enlevant les ampoules, Atim avec son ami Moussa plongent la ville dans l'obscurité… pour survivre à la faim. C'est également dans l'obscurité que Atim perd son arme qui représente le symbole de vengeance que lui a transmis son grand père.
L'amour est néanmoins très présent dans ce film. L'amour manqué d'un fils qui n'a jamais connu de père, d'un père qui n'a pas eu de fils et d'une mère qui n'a jamais eu le bonheur d'enfanter. La femme du boulanger, Aïcha, va jouer un rôle capital. Dans ce film, elle représente la vie. Elle est aussi source de lumière et symbolise la souffrance des femmes.
Atim, dans cet environnement, parait bouleversé. À maintes reprises, il a eu l'occasion de tuer Nassara mais il n'arrive jamais à passer à l'acte ; comme pour dire qu'il n'est pas facile de tuer.
Le film montre également un autre visage de Atim, quand il règle ses comptes avec un agent de police, en lui assénant des coups et en lui retirant son revolver.
Haroun met en exergue la prolifération des armes dans ce pays. À l'image de Nassara, beaucoup de familles tchadiennes possèdent des caches d'armes au Tchad. Et d'ailleurs en invitant le jeune Atim à s'en servir, en déclarant : "ça peut toujours te servir", il reflète l'état d'esprit des populations des zones en conflit. Face à l'impunité, c'est la loi du talion. Nassara, qui fut jadis un bandit, cherche coûte que coûte à se repentir en faisant l'aumône et en se réfugiant dans la religion. On le voit écrasé par le poids de son passé. Il développe des crises d'hystéries. Il tombe malade et perd sa maîtrise.
Dans un excès de bonté, en cherchant à connaître les parents de Atim pour l'adopter, il tombe dans le piège de ce dernier. Atim le conduit tout droit dans le désert chez son grand père qui les attend. Et c'est là tout le tournant du film. Dans une sorte de fiction, Atim se construit une nouvelle vie, en faisant table rase du passé. En se projetant dans une perspective d'avenir, Daratt laisse un message fort aux nouvelles générations tchadiennes et africaines : refuser tout acte de vengeance. Car la haine n'engendrera que la haine…
Et c'est là tout le mérite du film.

Almahady Cissé (Mali)

Un extrait de cet article a été publié dans le Bulletin Africiné n°06 (FESPACO 2007), du Jeudi 1er mars 2007, page 5.

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   liens films

Daratt (Saison sèche) 2006
Mahamat-Saleh Haroun


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