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rédacteur
Bassirou Niang
publié le
16/04/2007
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Le corps, lieu du discours…
Les Saignantes, de Jean-Pierre Bekolo (Cameroun)

Même s'il prête à polémique, Les Saignantes est un film alliant audace et détermination d'un réalisateur qui veut faire voir les choses autrement. Les corps et la beauté de l'image relayent sa vision d'une Afrique future dont les "désespérés" seraient exclus. Un cinéma nouveau…

C'est comme si le corps est le lieu du discours, de la prise de position. Tellement il sert de glissement aux mots comme pour être leur planche de résonance. C'est l'impression qui se dégage à la vue du film Les Saignantes du réalisateur camerounais Jean-Pierre Bekolo. Un long métrage qui s'est distingué lors de ce XXe Fespaco tenu à Ouagadougou du 24 février au 03 mars 2007 pour avoir été classé deuxième derrière Ezra du Nigérian Newton I. Aduaka, remportant l'Etalon d'argent. Dans la douceur féminine de leur matérialité, les corps de Majolie et Chouchou, les deux héroïnes du film, servent de prolongement au discours fondé sur le mode du virtuel (ce futur éloigné : 2025), mais aussi de la critique.
Mais en vérité, bien qu'étant une sorte de miroir reflétant la réalité, le corps devient un encombrant détritus : le Secrétaire général du cabinet du ministre d'Etat meure pendant qu'il fait l'amour avec Majolie, laquelle espérait en retour obtenir un marché. Que faire de son corps que la mort domine à jamais ? Il faut tenter de lui chercher une nouvelle "tête" pour en dissimuler la perte. Le jeu de cache-cache des héroïnes avec la police, les gros plans sur elles, les images inclinées, les contre-plongées, ces escaliers sombres, cette lampe qui fait des caprices, informent sur l'angoisse de la résolution d'une telle équation. Dès lors, l'évidence tombe sous le constat : "la mort devient un échec". Il ne peut désormais plus "faire objet de commerce". Oui ! Le corps vivant créait la possibilité d'acheter un privilège comme savent en vendre les gouvernements, surtout ceux d'Afrique. Mais avec la mort, il perd ses moyens de conquête. "Nous n'avions plus rien devant nous, même pas notre corps" ; le monologue renforce ce sentiment d'impasse. C'est des zones d'ombres à n'en plus finir comme celles peuplant le film. Pour dire tout court : cela devient finalement une histoire de zones d'ombres.
La lumière n'est pas une réalité. Seul le temps de la nuit compte. Ce temps couleur de la corruption et de la pourriture des régimes. En témoigne la morgue de l'hôpital gouvernemental, métaphore de ce repoussant état de fait, et dont les clefs sont entre les mains d'un "père", mouillé dans des magouilles aux goûts macabres.
Mais la sensualité des corps de Majolie et Chouchou semble s'opposer à l'inertie de ceux peuplant ce lieu de résidence provisoire, proies aux tombes. Ils en réveillent leur propre magie par la musique et la danse. D'où une chorégraphie qui leur redonne valeur et souffle au bord de la transe. La musique permet de convoquer à nouveau le monologue et d'introduire le discours comme celui du vieux policier désespéré. Après 32 ans de service, il s'est vu "au bord de la route" pour s'être mêlé à une "affaire trop importante". Alors "comment faire un film policier dans un pays où l'on ne peut enquêter ?". L'embrouillement est là présent. Les questions, dans un style dactylographié, relayent l'angoisse du réalisateur. Celui-ci use de cette méthode pour certainement inviter le spectateur à une réflexion sur l'Afrique. Surtout lorsque le questionnement va plus loin : "comment regarder un film comme ça et ne rien faire par la suite ?".
Mais peu importe, ce film est celui du corps que la nudité valorise. La beauté de la femme noire y étale ses charmes pour faire admettre le sentiment d'une Afrique non étrangère aux joies de la vie. Même s'il y est difficile de "faire un film d'amour là où l'amour est impossible". Jean-Pierre Bekolo, par la combinaison de la musique, des bleus de lumière, des couleurs des lieux d'habitation et des cadrages bien faits, anime la beauté féminine africaine. Les menstruations, les belles jambes et paires de fesses des héroïnes en disent long. Le futur assez éloigné (l'an 2025) qu'évoque le discours n'accorde " pas de place" aux "désespérés". Il sera fait pour les optimistes. Et Bekolo veut être optimiste, à lire Les Saignantes et à admirer les beautés que sont Majolie et Chouchou. Lesquelles ont remporté le prix de la meilleure interprétation féminine.

Bassirou Niang

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