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rédacteur
Azzedine Mabrouki
publié le
03/06/2010
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Juliette Binoche photographiée par Brigitte Lacombe. Affiche du 63e Festival de Cannes, réalisée par Annick Durban.

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Festival de Cannes 2010
Wall Street, le crépuscule des requins

Chaque année au Festival de Cannes, il y a des polémiques à revendre. On a admiré ici la lettre sans haine et sans reproche de Rachid Bouchareb qui demande à tous d'attendre de voir son film avant de juger. Comme tous les artistes, le cinéaste franco-algérien ne connaît pas de ressentiment envers ceux qui ont dénigré son travail avant même de l'avoir vu, la polémique sans objet qui a entouré Hors La Loi qui sera montré au festival le 21 Mai.

Sagesse aussi du cinéaste russe Nikita Mikhelkov qui ne répond pas à ceux qui l'ont taxé de stalinien parce qu'il serait un ami proche de Vladimir Poutine... On attend tous sereinement de voir sa chronique de la seconde guerre mondiale où il est à la fois acteur et metteur en scène.

La vertu antique des Romains n'a cependant pas empêché le ministre italien de la culture de boycotter le Festival de Cannes sous prétexte que Sabina Guzzanti, surnommée la Michael Moore d'Italie, présente Draquila, considéré par le clan Berlusconi comme une "offense au peuple italien". La jeune cinéaste dit seulement que Berlusconi a mis main basse sur l'Aquila après le séisme du 6 Avril 2009 et a accaparé tous les contrats pour sa reconstruction.

Basta la polémique ! Passons aux choses sérieuses, au programme de ce 63° Festival de Cannes dont les films déjà dévoilés sont d'une intensité, d'une densité exemplaires.
Audacieuses, belles, provocantes telles sont les oeuvres Chongqing Blues de Wang Xiaoshuai (Chine), The Housemaid de Im Sang-soo (Corée du sud), Wall Street, l'argent ne dort jamais de Oliver Stone (États Unis), Tournée de Mathieu Amalric (France).

Chongqing Blues, c'est d'abord le portrait d'une ville Chongqing, port et carrefour fluvial sur le Yang Tsé Kiang. Une ville qui fut autrefois le refuge du gouvernement de la République chinoise pendant la guerre sino-japonaise. C'est une ville de l'intérieur, capitale de la province de Setchuan, située loin de la fureur des villes côtières en plein boom de développement comme Shanghai.
Magistral tableau d'une cité enveloppée de brouillard, avec ses rives encombrées de flottilles de bateaux, ses ponts, ses autoroutes, son métro aérien et son téléphérique reliant les quartiers en hauteur aux rives du Yang Tsé Kiang.
Dans cette ville, on suit l'errance d'un marin, revenu après des années de navigation en mer. M. Lin (l'acteur magnifique Wang Xueqi) retrouve sa ville natale qui se transforme à vue d'oeil. Il recherche une partie de sa famille, son frère, son ex-femme. Lui-même a refait sa vie ailleurs dans une ville côtière, le nouvel eldorado chinois, il s'est remarié et il est père d'un petit garçon.
À Chonqing, il veut savoir la vérité sur la mort de son premier fils tué par le gardien d'un supermarché lors d'une prise d'otage, six mois plus tôt.
Le brouillard qui enveloppe la ville c'est aussi celui qui enveloppe cette tragique affaire et l'image même de son fils disparu et qu'il n'avait pas vu depuis 15 ans.

C'est aussi le brouillard qui cache le destin de cette ville, celui de ses habitants, de ses enfants sans guide et sans perspectives. Film très dense, très visuel comme un film d'Antonioni, mélancolique, loin de l'euphorie, du boom économique de la Chine actuelle. Dans Chongqing Blues, les sentiments s'expriment dans le silence et la lumière bleutée du ciel.

The Housemaid de Im Sang-soo, c'est l'histoire de serviteurs et leurs maîtres. Un sujet ultra sulfureux. Argent, honneur, pouvoir d'une part. Soumission et désespoir de l'autre. On reconnaît dans cette oeuvre la clarté de la démarche et le talent inouï d'un des plus grands cinéastes d'Asie, qui a déjà tourné Une Femme Coréenne (Mostra de Venise), déjà une très audacieuse étude de moeurs.

On aura du mal à trouver meilleur analyste de la crise économique qui a ébranlé l'Amérique que Oliver Stone. Dans Wall Street, l'Argent ne dort jamais, Michael Douglas joue le rôle d'un banquier sorti de prison, le genre de requin extravagant qui tente par tous les moyens de refaire les mêmes coups tordus qui l'ont pourtant mis des années à l'ombre. La machine hallucinante de Wall Street est minutieusement décrite dans ce récit fascinant, de bout en bout homérique.

C'est un film très burlesque : Tournée de Mathieu Amalric qui a enchanté le public de Cannes. En France, la tournée d'une troupe californienne de danseuses, de stripteaseuses californiennes très potelées met le feu aux poudres. Rires, gaffes et tombereaux de sottises et de coups bas. Une réussite.

Azzedine Mabrouki

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